Les Nuits Bota

Il y en a chez qui les choses se mettent en place péniblement et d’autres dont on croirait la trajectoire toute tracée. Aliocha Schneider, qui vient de sortir un premier EP, "Sorry Eyes", fait partie de cette dernière catégorie. Il faut dire que le jeune Québécois d’adoption a grandi dans un milieu familial "privilégié". Privilégié dans le sens où son père, danseur dans un premier temps, puis metteur en scène, comédien et prof de théâtre, a "déteint" sur sa progéniture. Aliocha a 3 ans quand ses parents quittent la France pour le Québec. "C’était un choix de quitter Paris. Au départ, ils pensaient partir pour un an, trois maximum. Ils s’y sont vraiment plu et puis on était à l’école" raconte-t-il.

Déclamer Prévert

Dans la famille Schneider, on trouve Aliocha, mais aussi Vadim, Volodia et Niels. Aucun des garçons ne possède un prénom anodin, normal dans une famille qui ne l’est guère. "Mon prénom provient de mes arrière-grands-parents qui étaient russes. Je ne suis jamais allé en Russie et je ne parle pas russe", précise le jeune homme, tout en glissant avoir lu, "bien sûr", "Les frères Karamazov".

A la maison, son père lui donne des cours. Un peu n’importe quand. "A huit ans, j’avais vraiment envie de le faire, sinon, il ne m’aurait pas poussé. J’ai commencé à réciter Prévert. J’étais très fier, ensuite, de déclamer un poème à l’école devant ma classe". C’est peut-être de là que lui vient cette assurance qui impressionne alors qu’on assiste au mini-concert que l’auteur compositeur interprète de 23 ans offre aux membres du personnel de sa maison de disques à Bruxelles. Il y interprète, seul au piano ou à la guitare, quatre morceaux issus de "Sorry Eyes".

Jusqu’à présent, Aliocha partage son enthousiasme entre le métier d’acteur - comme son frère Niels ("Les amours imaginaires", Xavier Dolan) - et celui de chanteur. Adolescent, il a suivi des cours de chant, mais les a abandonnés. "Je les ai jugés trop formatés, je voulais trouver mon style." Il apprend la guitare, aussi, mais, de nouveau, se limite aux accords. "C’est en écoutant les artistes qu’on aime, qu’on trouve sa patte" décrète-t-il. Si ses parents adoraient la musique, c’est surtout grâce à ses grands frères qu’il découvre Bob Dylan, Cat Stevens ou Simon&Garfunkel. "Il y avait une douceur chez eux, quelque chose qui me touchait vraiment." Cette douceur, Aliocha s’en est, en tout cas, bien imprégné et on peut lui reconnaître qu’il honore bien ses références.


Une maquette suivie d’un contrat

La première étape du parcours qui va le mener à signer avec le label montréalais Audiogram commence un soir de 2012 alors qu’il assiste dans un café à un concert de Jean Leloup. Il y va au culot. "Salut, je m’appelle Aliocha, j’ai des chansons, je ne sais pas trop quoi en faire, je voudrais te demander conseil." Loin de le rabrouer, l’artiste québécois, 51 ans à l’époque, l’invite à se rendre à son studio le soir même. Aliocha finira par y enregistrer avec les musiciens de Leloup - une maquette, carrément. Cette dernière sous le bras, il se présente chez Michel Belanger, le patron d’Audiogram. "Encore une fois, je n’y allais que pour lui demander conseil, je ne pensais pas qu’il allait accepter de signer un contrat avec moi."

Les années qui ont suivi, Aliocha les a passées d’arrangeur en arrangeur. "J’ai eu la possibilité de travailler avec quelqu’un de très talentueux à Los Angeles, mais je n’ai pas accroché", se souvient-il. "Je voulais quelque chose d’épuré, avec une certaine fragilité", pointe-t-il. Le jeune homme sait ce qu’il veut. Le bon numéro, il le trouvera en la personne de Samy Osta (Rover, Feu ! Chatterton,…), avec qui il partira enregistrer une vingtaine de chansons à Göteborg en Suède avant de finaliser un EP au studio parisien Question de son. Le LP, ce sera pour le printemps prochain

En octobre dernier, il se produisait, au festival parisien Mama, réservé aux pros de l’industrie musicale, entouré d’une "bande de potes" - dont son frère Volodia, à la batterie -, comme il qualifie ses musiciens. "Je ne pourrais pas être avec des gens qui sont juste des musiciens, il faut qu’on s’amuse sur scène." C’est déjà un bon état d’esprit.

---> "Sorry Eyes", un EP Le Label Pias (Audiogram), "Eleven songs", LP, sortie le 2 juin. En concert aux Nuits Botanique le 15 mai