Les Nuits Bota

C’est avec une impatience non feinte qu’on attendait la suite de “In the Silence”, le splendide premier opus de l’artiste islandais Asgeir, publié fin 2013. L’auteur compositeur interprète, 21 ans à l’époque, y célébrait, de sa voix de tête, la magnifique nature de son pays, embrassant largement sa face la plus apaisante – l’écoute de ses chansons procurant un réconfort indéniable. Fort du succès d’une première mouture sortie un an plus tôt en islandais, “Dyrd i daudathogn”, Asgeir en avait alors proposé une version anglaise, traduite par l’excellent songwriter américain John Grant.


Trois ans et demi plus tard arrive enfin “Afterglow”. Une fois l’effet de surprise passé – du folk de son premier album, le chanteur et musicien est passé à l’électronique –, on se réjouit du chemin accompli par l’artiste. On retrouve Asgeir, bonnet en laine et gros pull à l’avenant, dans le lobby d’un hôtel de la capitale. “‘Afterglow’ est ce qu’il reste de la lumière du soleil quand il a disparu”, explique l’artiste, précisant aussitôt: “en islandais, on a intitulé la chanson ‘Mynaklet’, ce qui signifie la lumière de la lune” . Entre la chaleur de l’orangé du soleil couchant et la froideur du blanc lunaire, c’est le grand écart de la traduction. “De fait, on n’a pas travaillé de la même manière que pour le premier album où John Grant avait traduit, littéralement, les textes que mon père avait écrits.”

"On s'est concentré sur le rythme des mots, la façon de chanter, le flow"

Cette fois, si 20-30 chansons ont été rédigées en islandais, elles ont été complètement retravaillées en anglais, notamment par Thorsteinn, un des frères aînés d’Asgeir. “On s’est concentré sur le rythme des mots, la façon de chanter, le flow.” Ce n’est pas la seule différence entre les deux opus, le musicien s’étant acoquiné avec les synthés, voire avec les techniques de production des artistes du hip hop . “C’est venu petit à petit. J’ai travaillé la production sur ordinateur parce que c’était un pan du travail qui m’intéressait. C’était nouveau, donc excitant. Le travail sur le son, tout ce qui est effets vocaux.”


Après le triomphe de “Dyrd i daudathogn” dans son pays (plus de 10 % de ses compatriotes achetèrent son opus), Asgeir a goûté à une reconnaissance mondiale dans la foulée de la sortie de "In the Silence". Ce qui l'a amené à se produire un peu partout – de l’Europe aux États-Unis en passant par l’Australie et le Japon... “Je n’aime pas tant que cela voyager. J’aspire à me retrouver dans ma zone de confort. En Islande, j’ai mes amis, ma maison, mon studio”  confie le jeune homme qui, au vu de l’ampleur qu’a prise sa carrière internationale, aurait très bien pu aller enregistrer dans un studio réputé à Los Angeles, par exemple. “Oui, en effet, j’aurais pu partir enregistrer à l’étranger. Avec le risque de tout plaquer pour retourner en Islande, ce qui aurait été une perte de temps”, rigole l’intéressé.

Alors que la priorité pour la plupart des chanteurs musiciens est de se produire sur scène, Asgeir redoute cette partie de son métier. On se souvient de sa prestation à la Rotonde du Botanique en décembre 2013 , très belle par ailleurs, où, pétri de timidité, il avait délégué à un de ses musiciens la mission de communiquer avec le public.


Mais en 5 ans, Asgeir a été amené, par la force des choses, à acquérir davantage de confiance en lui. “C’est plus facile pour moi de dire ce que je pense. J’ose travailler avec des gens que je ne connais pas. Et cela a été plus facile, aussi, d’aller vers de nouvelles choses.” Porté aux nues comme il l’a été, Asgeir était attendu au tournant. “L’avis des autres n’est pas ce qui me pousse à faire de la musique. Cela ne l’a jamais été. J’aurais suivi la même voie que celle que je viens d’emprunter même si personne n’avait rien su de moi.” 

Il n’est d'ailleurs guère réceptif aux commentaires sur Internet qui, après la publication d’une version acoustique d’“Unbound”, voyait la communauté de ses fans la préférer à celle de l’album, beaucoup plus traficotée. Ceci dit, le clip de “Unbound”, réalisé par le Français Julien Lassort, interroge justement notre rapport à la technologie et à la fiction. “Nous sommes dans un monde où il semble difficile d’être soi-même, de prendre du temps pour soi”  relève celui pour qui la programmation électronique ne fut jamais qu'un outil comme un autre.


“Afterglow”, un CD One Little Indian/Konkurrent

En concert aux Nuits Botanique, Bruxelles (Cirque royal) le 16 mai dès 20h avec Shitkid et Halehan.