Les Nuits Bota Nouveaux disque et sortilège pop imparable pour Frànçois&the Atlas Mountains.  François Marry a 34 ans et vit le jour un matin de novembre 1982, année "grand cru" à laquelle il dédie un morceau de son 6e album sorti vendredi. Originaire de Saintes en Charente-Maritime, où il conduisit des études d’histoire, le jeune homme bifurque rapidement vers le Royaume-Uni et devient assistant en français dans une faculté de Bristol. Il y monte le groupe en 2005.

Frànçois&the Atlas Mountains, c’est la douceur des mots, la volupté de refrains rêveurs, l’envol de narration bucolique, le romantisme psyché, les percussions et les danses extatiques… Ce sont aussi les pull-overs surprenants d’un leader au charisme magnétique, sa voix suave et ses pas chassés hypnotiques. C’est enfin la première signature française de Domino Records. "Solide Mirage" est le 3e frappé du sceau du prestigieux label des Arctic Monkeys, Kills et autre Franz Ferdinand.

Après une "Plaine inondable" aquatique, un "E Volo Love" désertique et "Piano Ombre" à l’ombre des ramures, "Solide Mirage" se balade en ville. Une plaque qui surprend par son engagement, mais aussi avec le remuant "Après Après" - morceau "clubable" comme le fut "La Piscine" à l’époque - ou le curieux "Bête Morcelée", concentré de rock pied au plancher qui laisse circonspect. Mais on retrouve surtout ces mélodies qui caressent les tympans, de "Tendre est l’Âme" à ce "Perpétuel Été", sans oublier l’idylle "Jamais deux pareils" ou "Apocalypse à Ipsos" et ses coups de soleil.

Cela va faire deux ans que vous vivez à Bruxelles. Alors heureux ?

J’ai emménagé en 2015 et je ne regrette pas. Il règne ici un chaos bienveillant, une douceur de vivre… Je suis comblé, de créativité, de petits lieux de concerts underground ou de salles plus établies comme les Ateliers Claus ou le Bota dont les programmations sont géniales. Chaque mois, je vais voir 7, 8, 9, parfois 10 concerts. C’est une ville que je redécouvre à chaque fois que j’y reviens, je m’y perds tout le temps… J’ai vécu à Bristol et Bordeaux, qui sont sans doute plus grandes niveau superficie, mais il n’y avait pas cette confusion protéiforme que j’ai trouvée à Bruxelles.

Vous avez fait plusieurs dates au Moyen-Orient, assez marquantes.

Cela faisait suite à une invitation des Instituts français, pour la Fête de la Musique. On jouait en plein air, sur des places publiques face à la population. C’était émouvant, en Egypte particulièrement. Le groupe qui jouait avec nous ce soir-là s’était fait connaître en jouant sur la Place Tahrir durant la révolution du Printemps arabe. Il y avait de l’électricité dans l’air. Je savais qu’on avait une chance incroyable d’être là, qu’on n’y reviendrait peut-être pas… Autant sous l’Egypte de Sissi que dans la Turquie d’Erdogan, ce serait compliqué de revivre ça.

Le clip de "Grand Dérèglement" met en scène le danseur de dabkeh Mohammed Okal, rencontré dans un centre pour réfugiés à Bruxelles. Pourquoi ce choix ?

J’ai rencontré Mohammed par hasard, à l’occasion d’un événement culturel dans un centre pour réfugiés, et il m’a fasciné. Il était beau, fier et solennel. Je trouvais important de donner cette image-là du réfugié. C’est nécessaire de ramener de l’élégance et de l’esthétisme autour d’eux. J’ai retrouvé sa trace et sa troupe du côté de Schaerbeek. Et il a participé au clip. L’idée était aussi de me ridiculiser un peu, et d’ainsi montrer que je n’avais pas les compétences d’un réfugié.

Le propos de "Solide Mirage" se révèle engagé, une première pour vous…

"Engagé" est sans doute un terme trop honorifique pour quelqu’un qui ne fait que diffuser une parole. J’ai trop de respect pour les gens qui sont réellement engagés dans l’action sociale pour l’utiliser. Plus jeune, j’ai pris part à pas mal de mouvements militants, des associations antinucléaires, j’ai été bénévole à la Croix-Rouge à Glasgow. Ça avait plus d’importance que de faire ce que je fais maintenant.

Qu’ont en commun les enfants de "1982" ?

Nous sommes une génération charnière. On a connu une adolescence sans internet, sans GSM… Mais on a eu accès à ça assez jeune, suffisamment pour ne pas être trop largués. J’ai souvent des réminiscences de ce monde-là, avec peine. Le ressenti d’une après-midi où tu t’ennuies, sans portable, ni internet. Ce que ça changeait par rapport à l’humeur, la création, l’inspiration, l’amitié, l’imaginaire surtout. Les natifs de 1982 ont eu la chance de toucher ça et, en même temps, d’appréhender ce que devient le monde. Nous sommes aussi le fruit d’une génération qui a vécu les 30 glorieuses, nourri plein de rêves et d’espoirs. Les enfants d’un désenchantement.

"Solide Mirage", 1CD (Domino/V2). En concert le 20/5 aux Nuits Botanique.


Recrutement national

L’équipe de François Marry a récemment subi quelques changements de personnel. Elle compte désormais en ses rangs une recrue venue de Belgique. "Deux musiciens sont partis vers leurs propres projets : Gerard (Black) qui se concentre sur Babe, et Pierre (Loustaunau) qui se consacre à Petit Fantôme. Puis, il y a David (Nzeyimana) du Colisée qui nous a rejoints pour composer l’album, et qui nous accompagne pour les premiers concerts, à la guitare, aux claviers et au chant. Ça a été une vraie rencontre artistique. J’adore ce qu’il fait. Et je lui fais confiance. L’idée est de l’intégrer au maximum dans le processus pour avoir son point de vue, ses idées de riffs, etc. J’ai remplacé mes arrangements déjà finis par les siens sur beaucoup de morceaux. Parce que j’aime bien sa patte d’abord, et que j’y vois un moyen de rendre les morceaux plus universels encore."

David restera néanmoins aux commandes du Colisée, qui accompagnera Frànçois&the Atlas Mountains pour une série de dates. .