Les Nuits Bota


Elle est attendue, Camille, ce soir-là. Après plusieurs années d'absence, la chanteuse française de 40 ans est de retour. On peut d'emblée affirmer qu'on a assisté, vendredi soir au Cirque royal dans le cadre des Nuits Bota, à un des plus beaux spectacles de l'année. Celui de Camille, l'une des plus inventives, si pas la plus inventive, des chanteuses françaises.On sent le public fébrile, la salle affiche complet. Sur la scène, on dirait des rochers indigo. Ce sont des draps qu'une subtile mise en scène va soulever, le moment venu, vers les cintres. Recouverte d'un drap soyeux, indigo lui aussi, Camille est couchée sur le sol. Elle entame, presque une évidence, "Blue" qu'elle est allée puiser dans la discographie de la chanteuse canadienne Joni Mitchell (1943). Elle reprend ce morceau au rythme d'un gong, énorme, placé en hauteur. Petit à petit, Camille va se relever, mais pas encore se dévoiler. Elle entame ensuite "Sous le sable", le premier morceau de son nouvel opus, "Ouï", qui sortira le 2 juin (une interview avec la chanteuse paraîtra à ce moment-là dans La Libre). Sur ce 5e album, l'artiste continue sa géniale exploration de la voix et des sons – elle s'est spécialisée dans les onomatopées et les allitérations du plus bel effet. Cela fait 15 ans que cela dure (son premier album "Le sac des filles" remonte à 2002).


Au fur et à mesure du spectacle, la salle découvre ses onze nouveaux morceaux. Histoire de compléter son set, Camille est allée puiser dans sa discographie (5 albums originaux en 15 ans) l'un ou l'autre titre que le public accueille avec ferveur – comme le fameux "Ta douleur". "Iloveyou", "Paris" et d'autres sont remis au goût du jour.

Une soirée avec Camille s'apparente à une fête. Multisensorielle. Plaisir des yeux pour la sublime mise en scène (jeu de lumières, travail sur les ombres). Réjouissances des oreilles pour l'incroyable travail sur la voix (de Camille et ses trois choristes) comme des instruments (son compagnon, l'ébouriffant Clément Ducol au piano droit qui ne doit pas daté d'aujourd'hui...). Egalement déployée, une étonnante batterie électrique aux nombreuses rondelles jouée debout. Sans oublier le fameux gong. Tout ce petit monde est de bleu vêtu - donnant à l'ensemble une cohérence et une harmonie apaisante. On sent la joie de jouer ensemble et de partager quand la fine équipe descend faire le tour du parterre sur "Seeds", arrangé pour sept tambours...

Auparavant, Yvette, comme Camille la rigolote décide de s'appeler le temps d'une bourrée, aura convié le public au bal du samedi (pardon vendredi) soir. Avec "Les loups", elle propose une danse traditionnelle par couple. Elle est allée la chercher au 16e siècle pour la transposer au 21e dans une version électronique du plus bel effet.

Point final de ce spectacle hors norme, presque une improvisation. Camille reprend à sa façon "Bruxelles" de Dick Annegarn (elle y inclut royal, cirque...) et invite 2 femmes et deux hommes à chanter avec elle sur scène. Un clin d'oeil à une salle dont le Botanique va devoir se séparer puisqu'après moult rebondissements, sa gestion est dorénavant attribuée à Brussels Expo.