Les Nuits Bota Mountain Bike reprend du service avec un 2e disque qui confirme tout le bien que l’on pensait déjà du quatuor.

Trois ans après son album éponyme et introductif, la plus belle bécane garage-rock du royaume de Belgique publie "Too Sorry for Any Sorrow", délicate seconde plaque à l’élégance électrique. Un titre tiré du single - "This Lonely Place" - récemment dévoilé par Mountain Bike, qui ne rappelle qu’à peine la verve hédoniste et adolescente qui était leur jadis. Le ton a changé, ses membres ont grandi, les envies pop se sont imposées, et il aura fallu le temps de la redécouverte pour à nouveau être séduits.

Dans l’intervalle, outre une gargantuesque tournée, chacun a vaqué. Etienne Marsal avec ses compatriotes français de Warm Toy Machine, et Charles-Antoine Vanderborght derrière les fûts de la formation tournaisienne Thee Marvin Gays. Aurélien Auchain et Stefano Bedani dans leurs projets solos, respectivement June Moan et Billie Joe. Il y a un an à peu près, toutes ces belles énergies se sont retrouvées à l’abri des sentiers hennuyers pour concocter l’excellent deuxième disque qu’ils présenteront au Cirque Royal en mai.

Si le ton s’est affiné, versant tant et plus vers un son garage pop assumé, le propos semble lui aussi avoir pas mal changé…

Etienne : Les textes ont pas mal évolué, c’est beaucoup plus personnel. C’est moi qui les écris, j’ai en effet pas mal bossé… Pour la musique par contre, cela a été plus collectif, on a vraiment bossé et peaufiné les compos à quatre. Côté thématiques, cela tourne souvent autour du même sujet : la crise de la trentaine (rires). On est un peu tous en plein dedans (sauf le cadet Aurélien qui ne se sent pas concerné et n’a encore que 27 ans, NdlR), c’était difficile de faire autrement. D’autant qu’on a toujours fonctionné de manière impulsive et spontanée avec Mountain Bike.

Ainsi s’immisce discrètement mais d’entrée le titre "Future Son", surprenante projection où l’on sent poindre l’envie de devenir papa.

Etienne : Ce sont des questions qu’on se pose tous. Des hésitations… Quand on en parle avec nos parents, ils nous ont eu jeunes, les miens à 24 ans. Pour eux et à l’époque, c’était normal. Nous, on attend le bon moment, mais je suppose qu’il n’y en a pas vraiment.

Aurélien : C’est comme une lettre qu’écrirait Etienne à un gamin hypothétique pour le prévenir, le mettre un peu en garde…

Etienne : Lui dire : ‘Désolé de te mettre dans la m***’. Parce que la vie c’est cool oui, mais c’est quand même pas la fête tout le temps.

Aurélien : Mais tout cela est teinté d’optimisme On a gardé le côté surf du premier album, inséré des mélodies qui nous faisaient envie, assumé une certaine mélancolie. Le fait d’avoir appris à se connaître ces dernières années le permet, sans avoir peur de verser dans le kitsch.

Il se passe quoi pour Mountain Bike des lendemains de la sortie de votre premier éponyme (2014) à son successeur aujourd’hui ?

Etienne : Il y a eu deux ans de tournée. Plus de 150 dates. Sans trop s’en rendre compte, on s’est pas mal épuisé. Dans la foulée, on a un peu soufflé, ce qui nous a permis de terminer l’album. Mais on a beaucoup joué en France, en Belgique, quelques gigs en Allemagne, en Italie, en Suisse aussi. Et quasiment dans toutes les villes des Pays-Bas.

Quels en furent les meilleurs moments ?

Charles : La fois où Pierre a froissé les côtes d’Etienne…

Etienne : Oh oui, ça c’était monnaie courante (rires). On s’entend très bien avec notre ingé-son Valfrey, présent sur presque toutes nos dates. Du coup, pas mal de souvenirs sont liés à lui…

Charles : J’avais adoré notre passage au Pukkel, il y a 2 ans. On est arrivé sur scène en caddys de golf, c’était cool. Une fois, on a joué dans une piscine vide aussi.

Aurélien : Moi, je garde un bon souvenir de l’Eurosonic à Groningen. De l’AB avec Franz Ferdinand aussi. Ça s’était fait à l’arrache, on nous a appelés la veille…

Et les pires souvenirs ?

Etienne : Cette date à Bordeaux, au Rocher de Palmer, pour la tournée Europavox. D’abord, à cause de ce "côté français" (dit le natif de l’Hexagone, NdlR). Et puis, la salle était trop grande, tout au bout de la ville… Personne ne va jusque-là sauf pour voir Michel Sardou. Il y avait 15 personnes, dont les parents de Stefano qui avaient fait 500 bornes pour venir.

Stefano : Ma mère était aux anges, la salle était vide, elle a pu danser et occuper tout l’espace. Je pense que mes parents ont adoré en fait.

Après la tournée, un an en dehors des radars ?

Stefano : Il y a eu pas mal de retard, deux enregistrements successifs avec les mêmes morceaux, les choses ont traîné, il a fallu changer de set up… On ne voulait pas reprendre les concerts sans nouveau morceau.

Etienne : Le fait qu’Aurélien ait tout enregistré a joué. Il fallait du temps pour avoir le recul nécessaire.

Comment s’est déroulé l’enregistrement cette fois ?

Charles : A la campagne… En famille.

Stefano : Après l’enregistrement du premier au studio de Iacopo, on a pris l’habitude d’aller chez les parents de Charles, à Rumes (dans le Tournaisis, NdlR). On y est tranquille, on y bosse à notre rythme. Il y a une pièce pour nous où l’on a installé tout notre matériel.

Aurélien : Le gros du travail a été fait là. Les voix et arrangements finalisés ailleurs. Un morceau au Studio Pyramide (à Beersel), trois autres chez nos potes du groupe Double Veterans, au Hightime Studio.

Charles : On a commencé à un endroit, continué dans d’autres, pour finir à Anvers où Aurélien et Staf Verbeeck (dEUS, BRNS, Madensuyu) ont mis de l’ordre et mixé. Il reste ce côté "bricolé", qui va bien au projet.

"Too Sorry for Any Sorrow" est un coming-out pop, qui ne garde du garage que quelques décharges d’électricité.

Stefano : Celui-là n’a plus grand-chose de garage. Quand je réécoute le premier, ça pique un peu… Pas ici, et je me suis habitué à cette qualité de son.

Charles : On est revenu à nos premiers amours, des plans plus simples, moins gonflés…

Aurélien : Par opposition au premier, on n’a fait aucun compromis. On a pris le temps et fait exactement ce que l’on voulait faire. Il est plus fidèle à nos attentes […] Et moins "chien fou" en effet.


"Too Sorry for Any Sorrow" (Humpty Dumpty/Teenage Menopause). En concert, le 10/3 au Water Moulin (Tournai) le 25/3 au Reflektor (Liège), le 6/5 aux Aralunaires (Arlon) et le 20/5 au Cirque Royal (Bruxelles).