Les Nuits Bota

Après un premier week-end de Nuits Botanique humide, notre dimanche soir débutait sous les meilleurs auspices et un soleil de début d'été, tiède mais sans nuage. L'occasion de tâter quelques boissons anisées et ces fameuses marches, symbole s'il en est du festival bruxellois dont ce 24e cru affiche un assez bon menu.

Celui du soir nous emmenait d'abord du côté de la Rotonde, où s'ébrouaient le joyeux drilles de Sects Tape dans la joie, l'électricité et l'allégresse. Une formation tournaisienne dont les membres entraient en scène vêtus de cagoule rose bonbon façon ku-klux clan. C'est bien connu, le Hennuyer aime se déguiser. Il aime aussi s'amuser, et l'on doit avouer avoir passé un agréable moment en compagnie de ce quintet improbable, de leur son garage moins foutraque qu'il n'y paraît et de leurs mélodies tracées à la guitare surf. Leur premier album, "We're all pink inside", est disponible depuis fin février dans l'échoppe de Rockerill records.

Plus tard, devant une Orangerie copieusement garnie, ce sont d'autres Tournaisiens qui entraient doucement dans la lumière. Après la cascade punk-rock de Sects Tape, on nage avec Wuman en eaux psyché pop, tantôt recueillie, tantôt euphorique, tribale et hypnotique, solaire et mélodique. Dans les jardins d'Animal Collective, de BRNS ou de Battles, pour les maniaques de rangement. Fer de lance de la nouvelle scène rock noir-jaune-rouge, le groupe publiait mi-octobre, "Portraits", mini-album qui en imposait. Des portraits de femmes que les quatre musiciens en piste se plaisent à sublimer en notes et en images, de la désormais classique "Julia" à d'autres jolies dames comme "Rose" ou "Sara", deux moments forts de la soirée de dimanche. Et une déclinaison live de plus en plus costaude pour Wuman, que leur réputation précédera vite s'ils continuent à livrer ce genre de prestation.

Dans leur foulée arrivait la reine de la soirée. Ou du moins comme telle annoncée. Avec vingt-cinq printemps, des yeux bleu clair revolver, un timbre de voix singulier et un premier album étonnant, Flora Fishbach a séduit une partie significative de la France mélomane et récolté pas mal de lauriers durant les six mois écoulés. L'objet de tout cet intérêt se nomme "A ta Merci", disque criblé de mots puissants, chantant l'amour, la peine et les sentiments. Mais réside dit-on également dans la déclinaison live qu'en fait la demoiselle depuis l'entame de sa tournée.

Nous trouvions l'album beau mais un peu éprouvant, et voulions en avoir l'oreille nette. Nous ne fûmes pas déçus. Une heure durant, Fishbach a envoûté, bousculé, fait danser (sur la trame eighties de "Un Autre que moi"). Si d'aucuns citent à raison pour la décrire les ambiances d'un Christophe ou le grain de Catherine Ringer, une fois sur les planches les références s'envolent sous le souffle d'une énorme personnalité. Fishbach ondule, trébuche, s'allume une cigarette nonchalamment... Plus encore qu'habitée, elle semble parfois possédée. Et atteint des sommets d'interprétation sur "Y crois-tu" et l'épidermique "A ta merci", livré dans un silence religieux. C'était donc vrai.

© AFP