Les Nuits Bota

Le Chapiteau des Nuits Botanique de lundi déroulait une triple affiche aux accents synthétiques, que se partageaient le Magnus de Tom Barman et CJ Bolland, la paire française Agar Agar et les Flamands de Whispering Sons. Des trois noms, c'est le second qui excitait le plus notre curiosité.

Agar Agar, c'est d'abord un produit gélifiant – dit E406 – qu'on trouve dans le bidon des algues rouges, notamment. C'est aussi le projet musical de Clara et Armand, qui enfantaient un très joli premier EP – "Cardan" – en septembre dernier. Le duo y revisite en cinq titres (dont le séduisant "Prettiest Virgin") le son des années quatre-vingt, tous deux aux machines, et elle au chant. Quelque part entre électro sombre, disco glacial et mélancolie robotique. Lundi, perdue dans le ventre-mou du line-up et devant une audience totalement apathique, seule leur géniale reprise de Demon ("You Are My High" devenu "You Are High") occasionna quelques mouvements de hanches à peine assumés. Nous retournerons donc les apprécier une autre nuit, plus tard et dans l'obscurité.

Re-baptême du feu

A l'Orangerie, c'est le chouchou de ces dames Aliocha qui ouvrait avec élégance les hostilités, juste avant le Toulousain Julien Barbagallole et le retour au Bota des Liégeois Pale Grey. Mais c'est Noa Moon, jeune et fière tête d'affiche du jour, que nous étions venus applaudir.

A rencontrer Noa Moon, ce qui frappe le plus fort et d'abord, ce sont ses yeux bleus pétillants. Ceux qui déjà nous fixaient sur la pochette de "River", son tout premier EP. Cinq années ont passé et le regard de la jeune femme n'a pas cessé de briller. Au contraire. A 26 ans, Manon – de Carvalho Coomans de son grand nom – est plus que jamais un petit paquet de lumière et de sensibilité. Après un album pop léger ("Let Them Talk" en 2013, bardé du titre "Paradise"), la Bruxelloise fêtait hier la sortie récente du deuxième, bien nommé "Azurite".

Avant ce retour, quatre années ont donc passé. Et, dans l'intervalle, Manon a grandi, évolué, redessiné les lignes de ses envies passées. Sa musique en ressort changée. Ce disque s'en ressent. Et, pour elle, ce lundi soir est important. Elle est souriante, comme toujours, mais on la sens un brin stressée. A ses côtés se tiennent désormais de jolies complices : la claviériste Leticia Collet (Dan San) et la multi-instrumentiste Aurélie Muller. Derrière, Fabio Zamagni, lui, est fidèle au poste et aux baguettes. Il aura fallu attendre la fin de son incontournable succès passé "Paradise" – ici sobrement réarrangé – pour sentir enfin notre hôte se lâcher.

S'enchaînent ainsi dans le désordre la brise électro-pop du single "Sparks" (dont le clip est bluffant), plus efficace à chaque écoute, et la douce berceuse cosmique "Found Me". Les fans les plus déstabilisés sont aussi rassurés avec "Ocean", qui rappelle sans les reproduire les mélodies passées, et "Let it Shine", traversé de rythmiques façon Paul Simon. Quelques moments d'émotions traversent la soirée, des rires et des clins d'yeux. Et c'est dans une ambiance recueillie que le concert se termine, comme il avait commencé, sur les cordes pincées de l'émouvant "Just a Song". Le baptême du feu est passé, la pression peut retomber. On festoiera la prochaine fois. Cela ne devrait pas poser de problème avec ce disque-là.