Les Nuits Bota Musique Premier album pour la clique bruxelloise, qui s’offre l’AB lundi soir.

Cela fait un peu plus de trois ans maintenant que nous suivons les aventures de Robbing Millons. Une formation belge mais surtout bruxelloise. C’est en tout cas ce que l’on lit à leur sujet le plus souvent, sans doute parce que le quintet est composé de francophones et de Flamands. Deux de chaque et un Français au départ, pour être plus précis. Aujourd’hui ne reste qu’un représentant du pays de Vondel, le batteur Jakob Warmenbol, rencontré lors d’un concert improvisé à Mons, comme nous l’explique Lucien Fraipont, cerveau de la clique, au micro, à la guitare et à la compo. "Un ami trompettiste m’avait appelé pour un remplacement de dernière minute, dans un bar tout pourri. C’est là que j’ai rencontré Jakob pour la première fois. Plus tard, on a monté un groupe avec Leo (Dupleix), l’ancien claviériste parisien de Robbing Millions. Un truc jazz che-lou qui s’appelait Zapf, et qui n’a tenu que deux concerts… Mais c’était les prémices."

Trois musiciens de jazz, auxquels sont venus se greffer Laurens Smet, bassiste lui aussi coutumier des notes bleues, et plus tard Gaspard Ryelandt, juste chanteur et seul membre des futurs Robbing Millions à ne pas être un jazzman pratiquant. "J’ai d’abord suivi une formation classique à l’Académie d’Ixelles, puis j’ai appris la guitare jazz pendant cinq ans au Conservatoire flamand, énumère Lucien. Dans l’intervalle, je me suis intéressé au rock. Mon père est cinéaste aujourd’hui, mais jouait dans des groupes punk de Liège à l’époque. Il m’emmenait voir des concerts - je me souviens de Muse à l’Orangerie avec lui - et prenait un petit escabeau pour que je puisse bien voir la scène. Avec Gaspard, que je connais depuis qu’on est tout petits, on a même monté un groupe rock à l’école, vers 13-14 ans : The Sports. J’ai pris goût au jazz plus tard, en me rendant chaque été à Libramont pour les stages de l’AKDT, une sorte de gros événement mêlant musique, stylisme, etc. J’y ai croisé des gars de BRNS notamment, plein de musiciens belges sont passés par là en fait. Perso, j’en ai gardé de très bons souvenirs."

De bons singles

Depuis, l’ancien Léo est parti bourlinguer au Japon puis à Paris (et fut remplacé aux claviers par Daniel Bleikolm), Laurens s’est concentré sur des projets musicaux en solo (remplacé à la basse par Raphaël Desmarets, désormais au sein du Colisée, puis par Leo Campbell, ex-Paon). Jakob, lui, est resté mais demeure actif dans les couloirs du jazz. Seul Lucien a abandonné ce terrain. "En Belgique, soit tu es très très bon et tu fais une petite carrière de musicien, soit tu finis prof dans une académie. Ce n’était pas mon envie. Et puis, c’est plombant de jouer devant trois mecs et une salle vide. Avec Robbing, on a vite joué sur de plus grandes scènes et devant des publics plus fournis… Mais pour des cachets bien plus petits !’’

S’en suivent deux Eps plutôt réussis ("Ages And Sun" en 2013 et "Lonely Carnivore" en 2014), bardés de bons singles ("Tenshinhan" et "Dinosaur") qui construisent doucement une réputation au groupe. Robbing Millions séduit par-delà nos frontières, quelque part entre les sauts de cabri de Tune Yards, les champignons magiques de Connan Mokassin et le spleen mutant de MGMT.

Quelques changements d’effectifs - évoqués ci-dessus - plus tard, voici qu’atterrit dans les bacs le premier véritable album éponyme de leur courte carrière. Le combo bruxellois célébrera cette sortie le soir d’Halloween, du côté de l’Ancienne Belgique. Un hasard du calendrier qui va bien au teint de ses membres et correspond parfaitement à l’univers du groupe, inquiétant et psychédélique. C’est en grande partie à Marine Dricot - une jeune vidéaste/photographe bruxelloise talentueuse, amie de Gaspard de longue date - que Robbing Millions doit ce goût pour l’étrange. En atteste leur dernier single et sa vidéo, le délirant "8 is the Figure I like the Most", idéal pour la nuit du 31 octobre.

1CD "Robbing Millions" (piaS).