Nuits contrastées

A.A., M.-H. T. et P.D.G. Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Les organisateurs des Nuits Bota peuvent remercier le ciel. Si le temps estival n'est pas le meilleur argument qu'il soit pour remplir les salles, les marches et terrasses du Jardin, par contre, ne désemplissent pas.

Au Cirque Royal, c'est évidemment une autre histoire. Dimanche soir, justement, entre morceaux au piano et boucles psychés de guitares électriques, Eluvium annonce la tournure post-rock de la soirée. Les Dirty Projectors suivent sans tarder et s'attirent les faveurs du public entre polyphonies abstraites (à trois) et riffs de guitares électriques façon Talking Heads.

Appuyées par une impeccable section rythmique, les voix angéliques des deux guitaristes et de la bassiste s'emmêlent et se séparent avec douceur et brio. La prestation se montre toutefois moins surprenante que lors de leur dernier passage à la soirée "Haunted Folklore" du Recyclart. Question de taille de salle et de balance sonore. Sur des morceaux aux tendances parfois pop comme "Rise above", relecture totale du morceau punk de Black Flag, Dave Longstreth le chanteur de la formation excelle néanmoins.

Espace sonore

Remplissant pour de bon la fosse du Cirque, mais pas l'ensemble des lieux tristement restés à moitié vide, Explosions in the Sky débarque sur scène sous les acclamations du public. Monument post-rock de ces dernières années, la formation utilise ses instruments rock pour des compositions comparables à de la musique classique. Aucune parole donc. Mais une capacité à remplir l'espace sonore qui épate et bouleverse vu que le groupe se joue successivement de phases (très) calmes puis énervées.

Des orages de guitares saturées aux nappes cristallines de cordes électriques, les incessants va-et-vient d'Explosions in the Sky font revivre l'apocalypse et la renaissance en boucle.

La formation parvient à se montrer aussi délicate lorsqu'elle se pose dans des passages aussi aquatiques qu'incroyablement violente lorsque les choses se gâtent. "Your in hand in mine" remporte, comme la plupart des morceaux, un succès fulgurant et conclut une belle heure de prestation. L'ambiance est bien moins introspective à quelques centaines de mètres de là... Sous le chapiteau du Bota, James Deano n'a aucun mal à communiquer sa bonne humeur au public.

Hip-hop circus

Musicalement, son set se montre plus carré que lors de sa première date d'il y a quelques mois. Tout bénéfice pour un concert qui, du coup, gagne en cohérence en ressemblant moins à une succession de sketchs plus ou moins rigolards.

Dans la foulée, la "Djette" Missil met un point d'honneur à secouer les lieux en balançant des bombes électros l'une à la suite de l'autre. Difficile toutefois de se démener quand la moiteur est au rendez-vous. Un obstacle qui n'empêche pas les festivaliers de se presser au portillon quand débute l'attraction du jour : les Puppetmastaz.

Imaginez un paravent, de plus ou moins deux mètres de haut, barrant la largeur de la scène. Et au sommet de celui-ci, une dizaine de marionnettes au total look hip-hop prenant d'assaut la scène comme n'importe quelle "crew" le ferait. Amusant mais pas seulement.

Musicalement, le spectacle fait plus que tenir la route. A l'aide d'un mélange de rap et d'électro-funk, les Puppets se déchaînent et font irrésistiblement penser, par leur sens du rythme et de la fête, à Georges Clinton et sa bande de timbrés. Pendant une heure, le public se trémousse donc, toujours au bord de l'éclat de rire.

Mode acoustique

Quel contraste, encore une fois, avec l'Orangerie, ses fauteuils et son ambiance feutrée. Ce sont pourtant les vétérans des Young Gods, habitués à faire exploser nos tympans, qui ont investi les lieux. Mais ce soir, ils sont en mode acoustique. A l'aide de guitares classiques, folks, d'un sitar et de différentes percussions, ils revisitent leur répertoire et permettent d'en redécouvrir toute la richesse. Nuits Botas, nuits magiques.

Un slogan également d'actualité, la veille, avec la mise à l'honneur des Balkans sous le chapiteau. Dès 20h, les Roumains de Mahala Raï Banda bondent la scène de leurs cuivres, cordes et accordéons. La bande des dix, dont le nom signifie "noble orchestre du ghetto", s'est formée autour de deux proches des Tarafs des Haïdouks. Terrain de rencontre entre la musique festive roumaine et la musique militaire moldave, le tout s'avère hyper-énergique. A 20h10, la tente est en ébullition. Dans cette déferlante, Mahal Raï Banda ne perd jamais cette touche de mélancolie, celle-là dont on ne sait plus si elle doit faire rire ou pleurer. Faire danser ou émouvoir ? La bande ne se pose pas la question, elle fait les deux.

Derrière, les Américains de Balkan Beat Box ne boxent pas dans la même catégorie. Le groupe s'est formé autour de deux Israéliens basés à New-York. Il s'articule autour d'une lourde base électro, drapée d'instruments live dont le saxophone et la clarinette. Des Balkans, il ne reste finalement que quelques emprunts, et l'on frôle souvent plus Asian Dub Foundation que le pourtour de l'Adriatique... Balkans ou pas, la formule fonctionne et le public ne se laisse pas ébranler par les basses étourdissantes balancées par les gaillards. Pauvre plèvre... A deux doigts du décollement !

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