Musique / Festivals

Retour sur une prestation impeccable mais insipide de l'Américaine Britney Spears mercredi au Sportpaleis.

Ils étaient venus, ils étaient tous là... Trépignant d'enthousiasme à l'idée de retrouver l'idole de leur adolescence. Et nous compris dans le lot, comme nous l'écrivions ici même hier, brûlant de curiosité à l'idée de découvrir sur pièce ce qu'il subsistait de la reine disparue Britney. Sept ans déjà que la superstar américaine n'avait plus foulé un podium sous nos latitudes – celui du palais des sports anversois à l'époque déjà – , trop occupée qu'elle était ces dernières années à faire danser Las Vegas chaque semaine, tout en amassant les billets verts pour peaufiner sa pension. Dire que ce "Piece Of Me Tour" est bien rodé est donc un gentil euphémisme, et c'est justement ledit spectacle que ce mercredi soir elle s'apprêtait à nous dévoiler. Ou plutôt… réciter.

Girl power

L'audience est majoritairement composée de trentenaires et des poussières, en piste sourires aux lèvres pour une soirée placée sous le signe de la nostalgie et du déhanché. Et son public surtout très féminin, malgré l'ancien statut de sex-symbol de la demoiselle qui, ce soir encore, aura fait dans la dentelle et été plus que généreuse de son épiderme. Mais les dames sont à n'en pas douter en supériorité numérique, comme en attestent les cris stridents discontinus ou les centaines de diadèmes à antennes lumineuses qu'elles portent sur la tête, et dont la gent masculine semble avoir unanimement boycotté le port.

Si les fans sont des fans, et si donc, par définition, leur amour pour Britney est indéfectible, notre sincère excitation de début de soirée allait pourtant progressivement s'aténuer, avant de devenir début d'ennui à la demi-heure de jeu. Certes, comme nous l'avions lu après les premières dates de la tournée, notre hôte aura fait plaisir à sa Britney Army, en ressortant des tiroirs toute la collection de ses tubes signés jusqu'ici. Et il y en a un paquet, de "Womanizer" dégainé quasi d'entrée, à "You drive me crazy" servi juste avant le rappel, en passant "Oops I did it again" et "Baby one more time", "Boys", "I'm a slave 4 U" ou encore "Stronger", la liste n'étant pas exhaustive.

Belle de loin

Mais alors, pourquoi boudez son plaisir ? Par pour la récurrente complainte du "play-back" qui, selon nous, a du plomb dans l'aile aujourd'hui sur une planète showbizz où la performance physique prime le plus souvent sur la performance vocale, a forciori du côté pop mainstream de la force. C'est regrettable, mais pas nouveau. D'autant que les tableaux et chorégraphies déroulés sous nos yeux ce mercredi à Anvers relevaient certainement de l'exploit sportif pour Britney et sa bande. Non, le vrai problème, c'était la distance.

Peut-être qu'à trop avoir jeté jadis sa vie et sa personne en patûre aux médias et aux millions de gens qui l'aimaient, Britney Jean Spears a fini par reculer pour se blinder… Peut-être que dix ans après la boule à zéro et le pétage de plombs, c'est en instaurant cette distance qu'elle a retrouvé l'équilibre et qu'elle arrive aujourd'hui à mener sa carrière et sa vie privée sereinement… Et c'est sans doute une excellente nouvelle finalement... Mais hier la superstar semblait être à des kilomètres des gens, même ceux du premier rang. Impeccable meneuse de revue d'un show aussi rôdé que désincarné, que l'on finit par se surprendre à regarder comme on fixe sans la voir une télé allumée en toute fin de soirée. Cherchant sans cesse sur les écrans laquelle des paires de jambes que l'on voit danser appartient à notre Britney. Du coup, paradoxalement, tout au long de cette soirée Britney nous a manquée. Ecrasée par un show trop gros qui prenait toute la place. Mais malgré tout précise et endurante, à défaut d'être généreuse et davantage présente.