Musique / Festivals

Sur papier, le programme proposée par le baryton allemand annonçait le meilleur - certes, au rayon inquiétant de la musique dite « contemporaine » (même lorsque celle-ci date du milieu du siècle dernier), mais le meilleur quand même –, avec des œuvres vocales et instrumentales de Luigi Dallapiccola (1904-1975) et de Hans Werner Henze (1926-2012). Le choix était d’autant plus pertinent que « Il prigioniero » de Dallapiccola était à l’affiche de la Monnaie le mois dernier et que le public y avait découvert un langage puissant et profondément lyrique (quoique dodécaphonique) ; et que la Monnaie fut intimement associée au dernier opéra de Henze, « Phaedra », créé (en coproduction) au Staatsoper Berlin en septembre 2007 et donné ensuite à Bruxelles.

Ainsi, lundi, on entendit en alternance, « Cinque Canti » de Dallapiccola (1954), le « Kammerkonzert 05 » de Henze (2005), « Piccola musica notturna » de Dallapicola (1954) et « Cinq chansons napolitaines » de Henze (1956). Autant de chefs d’œuvre denses et poétiques, encadrés par l’ouverture de « Die Fledermaus » de Johann Strauss II et le « Beau Danube bleu » du même, clin d’œil (peut-être…) à la production hilarante improvisée 2012 pour les fêtes, à laquelle Henschel participa avec brio.

Connexion impossible

Mais voilà, on peut être baryton planétaire, musicien omniscient (c’est Henschel qui signe l’arrangement du « Danube ») et intellectuel averti, et quand même se planter. Alors qu’il disposait des formidables solistes de l’Ensemble de Chambre de la Monnaie – parmi lesquels, par exemple, le violoniste Eric Robberecht ou le pianiste David Miller auraient très bien pu prendre le rôle de musicien conducteur - Dietrich Henschel voulut diriger lui-même les deux cycles vocaux formant le cœur de son concert.

Jusqu’à un certain point, l’audacieux Protée mena effectivement à bon port les pièces instrumentales – notant toutefois qu’un chef qui danse sur la musique qu’il dirige se rend vaguement suspect. Les choses se sont franchement gâtées lorsque les régisseurs changèrent le sens de l’estrade et que le chef se retrouva aussi chanteur, face au public et plus ou moins dos aux musiciens. On le vit alors déployer une gestique doublement schizophrénique puisque, baguette à la main et le regard vissé à la partition, pas plus le chanteur que le chef ne semblait s’adresser à quiconque… Que de stress inutile (sans compter l’inévitable accroc, qui imposa de recommencer un des lieds) ! On rêve de tout réentendre (Strauss compris) avec les mêmes, et un chanteur libéré.