Musique / Festivals Après sa première Donna Anna, Anne-Catherine Gillet explore la mélodie française.

Anne-Catherine Gillet n’a rien d’une diva, et il ne viendrait à personne de l’appeler "sérieusement" la Gillet. Surtout pas elle qui n’est pas du genre à se prendre au sérieux. Mine de rien pourtant, la soprano native de Libramont (appellation qui n’est même plus exclusive, puisque Jodie Devos l’est aussi) est devenue la valeur belge la plus cotée de la planète lyrique internationale. Ces dernières années, elle s’est produite à l’Opéra de Paris, au Bolchoï de Moscou, à l’Opéra de Francfort ou au festival de Glyndebourne, sans parler des scènes belges (Monnaie et ORW) dont elle est une fidèle. Et, rien que depuis janvier, on a pu l’applaudir à Marseille (Rosalinde dans "La chauve-souris"), Monte-Carlo (le rôle-titre de "Manon" de Massenet), Paris (Minerva dans "Il ritorno d’Ulisse in patria") ou Lausanne, où elle chante actuellement sa première Donna Anna dans "Don Giovanni". Un rôle assez différent de ceux qu’elle a incarnés jusqu’ici car plus proche des moyens d’une soprano dramatique, mais dont elle se tire assez brillamment, projection souveraine et intonation quasiment irréprochable.

Signe d’une évolution de la voix ? Surtout goût de l’expérience inédite et des défis. Les prochains mois la verront aborder Gabrielle de "La vie parisienne" à Bordeaux avec Marc Minkowski ou Angèle du "Domino Noir" de Auber à Liège et Paris, mais aussi retrouver Blanche de la Force dans "Dialogue des carmélites" à la Monnaie ou Mélisande de Debussy à Oviedo. Un univers français qui lui sied bien, et qui l’occupe dans l’immédiat puisqu’elle a prévu deux concerts de mélodies à Bruxelles cet été, deux concerts dont elle a elle-même conçu le programme et l’équipe : car il n’est pas simplement question de mélodies avec piano.

Rendez-vous belge

Ainsi, pour le festival Musiq3, Gillet a convoqué un pianiste - Nathanaël Gouin, pensionnaire de la Chapelle Reine Elisabeth - et un quatuor, le Quatuor Girard, pour un programme réunissant les Mélodies grecques de Ravel et le Poème de l’amour et de la mer de Chausson. Et, un mois plus tard, elle sera à Classissimo, la branche classique du Brussels Summer Festival pour donner, à nouveau avec Gouin mais avec aussi le violoncelliste Sébastien Walnier et la flûtiste Lieve Schuermans, un autre programme de mélodies rares avant et après 1900 allant de Fauré à Charles Trenet en passant par Massenet, Hahn, Satie, Ravel, Cora Vaucaire et quelques autres.Nicolas Blanmont

Lausanne, Opéra, jusqu’au 14 juin. Bruxelles, Flagey, dimanche 2 juillet à 18h30 et Théâtre du Parc, samedi 5 août à 20h.