Musique / Festivals

"Dialogues des Carmélites" à la Monnaie, dans la mise en scène bouleversante de Py.


Créée au Théâtre des Champs Elysées (Paris) en 2013, la production avait suscité l’émotion et l’admiration unanimes ; la voici à la Monnaie, pour dix représentations, déclenchant une nouvelle onde de choc. Avec cette question : comment, sur fond de Révolution française, le destin d’une communauté de femmes unies par la prière et l’obéissance, a-t-elle pu faire l’objet d’un opéra au XXe siècle (1957) ? Et surtout : pourquoi cette affaire – successivement signée Gertrude von Le Fort, Bernanos et Poulenc - touche-t-elle toujours autant le public, et même le "grand" public ? La réponse appartient à chacun des spectateurs, mais il est sûr que l’interrogation sur le sens de la mort est ici centrale, cristallisée par la menace (la Révolution fait office d’accélérateur) et tout particulièrement incarnée par la Prieure et Blanche de la Force, l’une ayant endossé la mort de l’autre.

"On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres ou même les uns à la place des autres, qui sait ?", chante la jeune Sœur Constance, c’est sans doute la clé de cet opéra hors normes.

Proche de la maison pour y avoir déjà signé "Les Huguenots" de Meyerbeer et "Hamlet" de Thomas, Olivier Py présente ici une production exemplaire, à la fois belle et forte (visuel de Pierre-André Weitz), totalement en phase avec le sens du texte et rehaussée de quelques trouvailles d’une intense poésie (les diptyques sous forme de tableaux vivants). Quant à la musique de Poulenc, elle est portée par la direction enlevée d’Alain Altinoglu, formidable dramaturge, comme on sait, notant l’excellent travail des cordes, leur dynamique et leur profondeur de son.

Nous avons suivi la première distribution mais, comme nous l’apprit Peter De Caluwe, "on avait beaucoup toussé au Carmel" et Sylvie Brunet-Grupposo – la Prieure - avait dû être remplacée, le soir même, par la mezzo française Sophie Pondjiclis, dont la sûreté vocale et théâtrale préserva heureusement la scène finale du premier acte. Quant aux autres solistes, on soulignera combien chacune et chacun caractérise avec talent son personnage : Patricia Petibon (alternant avec Anne-Catherine Gillet), fragile et vaillante en Blanche de la Force, Sandrine Piau (alternant avec Hendrickje van Kerkhove), candide et visionnaire en Sœur Constance, Véronique Gens (alternant avec Marie-Adeline Henry), si noble en modeste Madame Lidoine et Sophie Koch, (alternant avec Karine Deshayes) puissante et fière en Mère Marie. Mentionnons encore Nicolas Cavallier, très en forme, en Marquis de la Force, Stanislas de Barbeyrac en Chevalier passionné, Guy De Mey, toujours au top, en Aumônier, ainsi que Yves Saelens, Nabil Suliman et Arnaud Richard, en révolutionnaires plus ou moins sympathiques, et, du côté des religieuses, Mireille Capelle et Angélique Noldus.


--> La Monnaie, jusqu’au 23 décembre. Infos : www.lamonnaie.be ou 02.220.12.11