"Padmavati" frôle la réussite

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Ala tête du Châtelet, Jean-Luc Choplin poursuit avec panache sa politique de découverte, d'ouverture et de mixage culturel. Il y eut "Le Chanteur de Mexico" de Francis Lopez, "Bintou Wéré", un opéra de Sahel, ou "Véronique" d'André Messager, voici "Padmâvatî" d'Albert Roussel. Cet "opéra chorégraphique" fut composé entre 1910 et 1923 dans l'engouement des Ballets Russes, le rejet de Wagner et la nostalgie de Lully (pour faire bref). L'histoire de la belle reine indienne acceptant de mourir sur le bûcher avec son époux, Ratan-Sen, plutôt que de céder aux avances d'Allaoudin, le souverain ennemi, formait un sujet idéal. Développée sur fond de fêtes et de batailles, l'action - sommaire - donne une place prépondérante aux mouvements de foule, aux danses et aux effets spectaculaires, les parties solistes servant plutôt à camper les personnages. L'oeuvre, qui connut un certain succès à sa création (1923), disparut des scènes lyriques en 1946. Sa mise à l'affiche au Châtelet constitue donc un événement en soi, l'idée de génie étant d'avoir fait appel pour la mise en scène à Sanjay Leela Bhansali, réalisateur de cinéma et chorégraphe indien, pur produit de Bollywood - bien qu'il s'en soit souvent distancié par l'éclectisme de ses choix -, et tout feu tout flamme pour ce projet parisien. Le soir de la première, personnalités françaises et indiennes, tout sourire, se bousculaient au Châtelet sous les caméras des télévisions de Bombay.

La musique "en trop" ?

De fait, le spectacle s'inscrit sous le signe du faste des plus débridés, nullement "exotique" (ce serait ici un contresens) mais au contraire typique d'un art roulant depuis des décennies sur le code traditionnel indien, réinterprété selon les exigences du cinéma populaire (premier producteur mondial). Depuis la confiscation d'"Aida" par les metteurs en scène branchés, chevaux, éléphants et tigres avaient disparu des scènes, les revoici ! Les ballets sont de vrais ballets, avec flots de soies, voiles, sabres, dhotis, saris, tikas, galons d'or et pierreries. Les toiles de fond sont traversées par les nuées d'orage, les colonnes de marbres incrustés tombent des cintres, et les lotus, par milliers, célèbrent le "padma" sacré. De tableau en tableau, la surprise se renouvelle, l'oeil et les sens sont grisés et tout serait parfait si la musique n'était pas aussi tarabiscotée...

Car voilà l'ennui : dans ce contexte agréablement tape à l'oeil, la partition de Roussel - savante et raffinée - fait presque figure d'intruse, d'autant que le soir de la première, la direction de Lawrence Foster, à la tête de l'Orchestre de Radio France, nous a semblé singulièrement plate, voire maladroite. Les parties solistes ne sont pas moins traîtresses : quoique peu porteuses sur le plan lyrique, elles exigent à la fois de très belles voix et un important investissement scénique. A cet égard, on est loin du compte. Marie-Nicole Lemieux étant souffrante, c'est la mezzo française Sylvie Brunet qui a repris le rôle titre : belle présence et voix corsée mais prononciation nulle (comme souvent chez les Français...).

Aux côtés des ténors Finnur Bjarnason (Rata-Sen) et Yann Beuron (le brahmane), tous deux excellents, le baryton Alain Fondary, dépossession flagrante de ses moyens, ruine le rôle de Alaouddin et si Blandine Folio Peres a beaucoup d'allure en scène, son chant ne suit pas. Par contre, on salue l'intervention de Laurent Alvaro (Gora), une des meilleures voix du plateau, et surtout les choeurs de la maison, l'entité (classique française) la mieux en phase avec le flamboyant parti bollywoodien.

Paris, Théâtre du Châtelet, jusqu'au 24 mars - 00 33 1 40282840 -

Martine D. Mergeay

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