Musique / Festivals

On attendait avec impatience le plaisir de voir Antonio Pappano lancer l'Orchestre de la Monnaie au Palais des Beaux-Arts dans les flammes du Sacre du Printemps de Stravinski. Partition éprouvante s'il en est, assaut rythmique dont la bride orchestrale exige une maîtrise de chaque instant, l'oeuvre relève à chaque exécution d'un véritable tour de force. D'autant plus que chef et orchestre sont actuellement aux prises, dans leur résidence lyrique de la Monnaie, avec une pièce d'un autre calibre mais certainement aussi exigeante, le Macbeth de Verdi. Et on peut déjà saluer cette force d'atlante, à la baguette omnisciente et la fougue infatigable (même si ce dimanche le chef eut, dans l'humour, un signe de fatigue... après cinq retours sur scène sous les applaudissements incessants). La foudre, déjà tombée dans la fosse du théâtre bruxellois, aura en effet gardé toute sa vigueur au Palais des Beaux-Arts. Il sera d'ailleurs même plutôt question de violence. Pappano faisant éclater son orchestre dans les danses rituelles de Stravinski et privilégiant surtout les instants de puissance sonore. Le geste du chef reste cependant d'une précision métronomique, la rythmique est abrupte, les enchaînements sont nets (même si une certaine timidité de couleur se fait sentir dans les contrastes et surtout dans les ombrages debussystes). Cette violence cachait d'ailleurs ses racines dans le premier morceau de la soirée, l'Ouverture fantaisie Roméo et Juliette de Tchaikovski, dans lequel on a connu un orchestre de la Monnaie plus soigné. La pâte orchestrale faisait montre d'un bel équilibre, les cordes étaient gracieuses, de chair et de finesse, les cuivres gardaient cette belle distance sonore. Mais l'ensemble semblait bouillonner de l'intérieur, ne parvenant pas à atteindre la sensibilité et l'émotion cathartique de Tchaikovski. Effectif instrumental réduit, les Six romances sur des poèmes de Marina Tzvetaïeva de Chostakovitch apparaissait d'ailleurs entre les deux pièces pour grand orchestre comme un interlude vocal, dont la présence d'Elena Zaremba allait transcender le mystère. La voix impressionnante de la mezzo-soprano russe, que le public de la Monnaie avait déjà pu apprécier en Marfa dans la Kovantchina de 1996, appuyait en effet ce calme sombre et prophétique. (S.Q.)

UN LIVRE

LEXIQUE

En Assimil, le flamand de poche

Après le succès rencontré par «Le wallon de poche» (25 000 exemplaires) et «Le bruxellois de poche» (10 000), «Assimil évasion» propose un «Flamand de poche» (1) illustré par Marc Sleen («Néron», série-fleuve méconnue des bédéphiles francophones pour cause de non-traduction depuis plusieurs années; de même, l'ultime série de Willy Vandersteen, «De Gueuzen», n'a jamais été publiée en français: jammer!) Ce «Flamand de poche», dû à Carine Caljon, livre plus particulièrement les clés des dialectes anversois, gantois et brugeois. Dans sa version originale, depuis sa parution en décembre dernier, «Taalpocket Vlaams» s'est déjà vendu à 8 500 exemplaires. Accent, mots typiques (un bon millier), grammaire (verbes spécifiquement flamands, terminaisons caractéristiques, conjugaisons, substantifs, doubles négations, etc.): tel est le menu diversifié de ce guide non dépourvu d'humour, qui aborde une série de sujets de conversation, sans négliger les expressions et exclamations hautes en couleur. (Fr.M.)

(1) «Le flamand de poche» (Anvers-Bruges-Gand) par C.Caljon. Assimil Benelux s.a. (13, rue du Congrès, 1000 Bruxelles), collection «Assimil évasion», 186 pp., 295 F ou 7,31 .

© La Libre Belgique 2001