Musique / Festivals

Six années ont passé depuis la création du groupe et voici déjà un 5e album aligné par Parquet Courts, qui présente une discographie presque sans faille. C’est Austin Brown et Andrew Savage, tandem à la base du projet, qui donnent le change à la presse ce jour-là du côté d’Amsterdam. L’objectif : conquérir la vieille dame après avoir beaucoup grossi chez l’Oncle Sam. Leur arme : un "Human Performance" diablement bien ficelé et un brin plus produit que ce à quoi les anciens Texans nous avaient habitués.

Spiritualitén et électricité

"Je connaissais déjà chacun des membres - mon frère évidemment, Austin depuis le collège, Sean (originaire de Boston) au fil de précédents projets - mais c’est là que nous nous sommes rejoints pour la 1ère répétition. Parquet Courts est donc un groupe new-yorkais" explique Andrew Savage, cerveau le plus actif du projet. Hormis des fulgurances d’accent, rien ne pourrait trahir ce pedigree, tant la musique de Parquet Courts s’inscrit dans l’héritage de formations légendaires de NY, comme les Talking Heads, le Velvet Underground et Sonic Youth.

Si la bande est plutôt prolixe en musique, côté interview c’était le silence radio depuis un moment et ce trip monastique (le EP "Monastic Living" sorti l’an dernier). Une parenthèse importante. "La genèse de ‘Monastic Living’ a été un tournant dans notre façon de travailler, de faire tomber nos propres barrières pour ce nouveau disque, poursuit Brown. Nous avons pu explorer les sons en profondeur, pousser le curseur au maximum. On a enregistré dans trois studios, dans le Massachusetts, à New-York et à Chicago…" Leur précédent album, "Light Up Gold" (2012), avait été mis en boîte en trois jours. Pour "Human Performance", les sessions d’enregistrement se sont étalées sur un an.

Le résultat s’en ressent. Plus propre, plus précis, moins noisy mais plus tranchant. Comme une libération pour eux qui semblaient depuis toujours coincés entre leur besoin de mélodies et leur envie de faire du bruit. Une expérience qui fit dire à Andrew Savage que lui et ses acolytes aimeraient faire de la musique… religieuse. "A mon sens, le rock peut clairement avoir une dimension spirituelle. Parmi les influences de notre dernier EP ‘Monastic Living’, il y a Terry Riley, Steve Reich, Angus MacLise, des compositeurs qui font dans le minimalisme et les textures répétitives. Des caractéristiques que l’on retrouve dans la musique religieuse. Ce genre de choses a toujours inspiré Parquet Courts, surtout à nos débuts où nous improvisions beaucoup. Ce fut le cas de tout cet EP, qui était le prélude nécessaire à la réalisation de ‘Human Performance’".

Epilepsie/Misophonie

A New-York toujours, une curieuse peinture murale réveillait la curiosité des fans quelques semaines avant la sortie de cette dernière plaque. Elle était signée Andrew Savage, qui manie le pinceau lorsqu’il lâche guitare et micro. "C’est une peinture chargée d’émotions pour moi. Je tente d’y représenter une crise d’épilepsie, un mal dont je souffre depuis toujours. Cela me donne l’impression d’être une machine cassée lorsque cela m’arrive. Et cette ‘performance humaine’, c’est cette façon de sauvegarder les apparences, d’agir comme si de rien n’était…"

Austin Brown, quant à lui, déclarait il y a peu souffrir "du bruit inévitable de New York qui peut vous rendre fou, et des difficultés d’affronter ce chaos, que ce soit physiquement, mentalement ou socialement". Il nous explique : "Il y a un morceau sur l’album, intitulé ‘Captive of the Sun’, qui traite de cela. Cela parle de misophonie, qui consiste en une peur du son, ou plutôt de certains bruits. Comme celui de quelqu’un qui mangerait sa soupe ou mâcherait très bruyamment. Cela résonne dans le crâne, provoque une répulsion et parfois une vraie colère chez des personnes souffrant de misophonie. Cela peut-être un oiseau, une porte qui ne cesse de claquer… La ville est emplie de ce genre de bruits, New York particulièrement. Je crois avoir souffert de ce syndrome, tentant de chercher le calme et une sorte de paix intérieure en vain. ‘Dust’ parle du même sujet. De cette tentative futile de nettoyer toutes ces petites choses autour de vous pour retrouver la sérénité, sans jamais y parvenir. Car c’est sans doute impossible…" L’angoissante vidéo de Johann Rashid pour ce dernier et excellent morceau aux influences krautrock traduit parfaitement cet état d’esprit. "Tenter de garder la tête froide dans un monde désordonné".

En matière de monde désordonné, on s'est aussi demandé ce que pensaient nos interlocuteurs du candidat Donald Trump... "C'est une énorme source de honte pour nous, lance Savage. Il représente la pire face de l'Amérique : l'avidité, le racisme, l'argent-roi... Cette possibilité de se frayer un chemin à coups de dollars. Trump est un gangster légitimé." Une réponse tranchée de la part d'un groupe qui, à travers d'yeux européens, offre un profil, une image et un son typiquement américains. Brown de conslure : "Je ne me sens pas si américain que ça. Bien qu'il y ait des choses qui me déplaisent quand je voyage en Europe. Les toilettes par exemple, ici à Amsterdam, me posent pas mal de questions. La nourriture aussi me pose souvent problème. C'est sans doute ça qu'il y a de plus américain en moi : le fait que je suis dérangé par les autres cultures juste parce qu'elles ne sont pas comme la mienne... Le fait d'être ethnocentré !" C'est lui qui le dit...​

--> "Human Performance" (Rough Trade/Konkurrent). En concert à Anvers (Trix), ce mardi 21/6. Infos : www.trixonline.be.