Musique / Festivals

"Qui a le doit, qui a le droit ?" Lundi aux petites heures, Patrick Bruel a mis un terme aux Francofolies de Spa 2007 sur cette chanson emblématique, a cappella, avec pour choeur la foule sur la place et un large échantillon de bénévoles montés sur scène. Certains, dans le public, auraient bien aimé que ça dure et dure encore, mais il faut une fin à tout, y compris à un concert de Patrick Bruel.

Evidemment, bonne chance à ceux qui passent avant lui. Les téméraires du jour, toujours prêts au casse-pipe, sont Pierre Lapointe, le Québécois, et Baptiste Lalieu, alias Saule, le Montois.

Lapointe est un artiste très (af) futé, qui redonne un peu de couleurs à une scène franco-canadienne souvent très conventionnelle. Barbichette de cinq jours et demi, baskets rouges hautes tiges visibles à douze kilomètres, il grince d'humour. La mort est l'un de ses sujets de prédilection, dont souvent il sourit ("Le colombarium") et si, comme bon nombre de Nord-américains, son éventail musical est très large, le folk nostalgique ou festif trahit ses origines. Violon, accordéon voire glockenspiel, ce petit idiophone au son cristallin, toute la panoplie est là, mais il suffit parfois de presque rien pour faire le bonheur, claquements de doigts en réponse à violon pizzicato ("Nous n'irons pas"). "Et on pleure oui on pleure la destinée de l'homme, sachant combien même géants, petits nous sommes" (Tel un seul homme") : Lapointe met dans le mille.

Saule itou (oh solitude...). Voix et univers attachants, comme le précédent, Baptiste Lalieu aime aussi les instruments bizarres, comme le sousaphone, manière de tuba contrebasse très utilisé dans le jazz ancien. Saule a ses personnages ("Madame Pipi") et sa petite philosophie ("Minimum", "Si"). Et puis il y a la manière Saule avec guitare sèche, assis sur le mobilier de scène, on va dire à la bonne franquette. Chez lui, le bon petit swing fricote avec le hip-hop ("Minimum") et "Banana Split" est une reprise TGV, sauf que le sens originel de la chanson est un peu bousculé.

Irrespect

Dommage qu'il y ait tant de potin sur la place de l'Hôtel de Ville. L'irrespect du public fait peine à voir. Pourtant, si certaines de ses chansons manquent encore de second souffle, il gagne à être écouté, Saule, quand il raconte son mardi soir à l'opéra en suédois, place 604, au vingtième rang.

"Alors regarde" qui vient chanter ce soir... Autant la programmation de la scène Pierre Rapsat passe pour conventionnelle cette année, autant terminer avec un showman comme Patrick Bruel s'avère une bonne idée. Un pro généreux, qui a de la voix et ne se laisse pas démonter par des petits soucis techniques, ça change des soirs précédents.

Pianiste, guitariste, auteur, compositeur, interprète autant qu'acteur, Patrick Bruel assure sur le long terme, une longévité que ses débuts ne laissaient guère présager. Yeux pétillants, sourire étincelant en chantant, quel charmeur ! Ce n'est pourtant pas le chanteur qui est caricatural, mais un certain public et ses réactions d'un autre temps. Lui, s'il le voulait, il ferait faire le poirier aux 9000 spectateurs de la place.

En attendant, tout le monde chante "Dors", "Pour la vie", "Gosses en cavale", "Mon amant de Saint-Jean", "Au Café des délices", "Place des Grands Hommes", "Help", en une diversité musicale qui force l'admiration.

Restent les grandes questions. "Combien de murs" est dédiée à Rostropovitch et "Adieu" résonne en écho à Souchon qui se demandait "Et si en plus il n'y a personne" : "Adieu, nous sommes tous dans le noir, si tu n'existes pas, au moins fait le savoir."

Mais tout a une fin, même un concert de Bruel, même la folie, fut-elle franco . Qu'elle le reste, surtout, qu'elle le reste !

Pierre Lapointe en concert les 7 et 8 novembre au Botanique à Bruxelles. www.botanique.be