Musique / Festivals

Ceux qui ont vu le début de la tournée au Casino d'Ostende, ou son passage à l'Ancienne Belgique de Bruxelles, avaient de quoi être sceptiques: transposer l'esprit bistrot-guinguette à Forest-National relève du défi que seul un Patrick Bruel peut relever. Avec pour bagage ces chansons des années trente qu'il a remises au goût du jour, la valse et la java ont fait tourner la tête de la salle bruxelloise.

Le décor est inchangé: une colonne Morris, une entrée de métro, un banc, un bar et quelques tables, un vieux poste de radio. L'artiste lui-même a troqué son costume prince de galles contre un trois-pièces bleu à rayures blanches comme on en croise plus dans la City londonienne qu'à Paris, mais ça colle: soutenu par un orchestre acoustique très jazz à la Django, Bruel emballe la salle avec «Mon amant de Saint-Jean, «Ah! Si vous connaissiez ma poule» ou «Comme de bien entendu», mais il émeut aussi son monde avec «J'suis dans la dèche» ou «La complainte de la Butte». Entre ces chansons, un fil conducteur, l'histoire, forcément tragique, de Pierrot et Marinette débarquant à Paname.

Comme sur le disque «Entre deux à l'Olympia» qui vient de paraître, trois inédits relancent quelque peu la formule: «Appelez ça comme vous voulez» (Maurice Chevalier), «C'est un mauvais garçon» (de Jean Boyer par Henri Garat en 36) et l'éternel «Padam... Padam...» (l'une des chansons de Marguerite Monnot pour la Môme). Ce dernier chef-d'oeuvre bénéficie d'une orchestration très novatrice avec trois flûtes et un batteur moulinant des balais.

En meneur de bal, Bruel est très à l'aise. Descendant dans la salle, il n'hésite pas à emballer sec Lucette, une dame d'âge respectable qui connaît sa «Ramona» sur le bout des doigts et avec laquelle il fait un charmant pas de deux. Ce spectacle est, en effet, l'une des rares occasions de trouver toutes les générations rassemblées, des ancêtres aux moutards, ce qui n'est pas le moindre sujet de fierté pour un Patrick Bruel triomphant.

© La Libre Belgique 2003