Patti Smith, une artiste qui fait fi des artifices

Marie-Anne Georges Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals Par

La critique est unanime : "Banga", le premier album de chansons originales de Patti Smith depuis huit ans, renoue avec le meilleur de ce que la chanteuse américaine ait produit -rien moins que son premier album "Horses", sorti en 1975. Prêtresse du punk, poétesse rock, icône du punk rock : Patti Smith, 65 ans, est tout cela et bien plus encore. Une légende vivante, par exemple, qui ne se prend, par ailleurs, pas du tout comme telle. Lorsque vous la rencontrez, elle se révèle d’une simplicité désarmante, d’un naturel confondant, loin donc des clichés que véhiculent trop souvent les rock stars. A l’image de son look, à l’identique les jours passant : grosses bottines, jeans, tee-shirt, veston - ce dernier spécialement créé pour elle par la styliste anversoise Anne Demeulemeester.

Adulée en Europe, Patti Smith est plus underground aux Etats-Unis même si elle y a été honorée à diverses reprises : elle est entrée en 2007 au Rock and Roll Hall of Fame et a reçu, un an plus tard, un doctorat honoraire de l’université de Rowan, pour sa contribution à la culture populaire. Son livre "Just Kids" - précieuse radiographie du New York des 70’s qui la voit, notamment, évoluer aux côtés de Robert Mapplethorpe - s’est vendu à plus d’un demi-million d’exemplaires et a obtenu le National Books Award de l’essai.

Patti Smith foule pour la première fois le sol français en 1969. Premier de réguliers rendez-vous avec l’Hexagone pour cette admiratrice de Rimbaud qui a toujours été attirée par la culture française, appréciant sa langue pour son incomparable consistance. Si elle reçoit en 1995 les insignes de commandeur des Arts et Lettres, elle est aussi accueillie par la Fondation Cartier de Paris pour une exposition de ses photos et travaux divers, trois ans avant une carte blanche (de films, lectures et concerts) d’une semaine à la Cité de la musique, début 2011. Sorte de consécration, en effet, pour cette artiste pluridisciplinaire qui excelle dans chaque mode d’expression auquel elle touche : poésie, photographie, peinture, musique.

Depuis 1975 et "Horses", album fondateur produit par John Cale (Velvet Underground) et qui scelle, en plein rock progressif, le retour à une fougue, une énergie et une électricité bienvenues, Patti Smith a sorti dix albums originaux. En 1978, "Easter" contient le fameux "Because the Night", co-écrit avec Bruce Springsteen, et qui reste jusqu’à présent son plus grand succès commercial. Après "Wave" en 1979, sa carrière connaît un hiatus de quelque dix ans. Arrive alors "Dream of Life", réalisé, lui, par son mari Fred Sonic Smith dont est extrait "People have the Power". Dix ans entre deux albums ? Un intervalle où elle joue son rôle de mère à plein temps - Jackson et Jesse étant issus de son idylle avec Fred. Leur belle histoire s’interrompt avec la mort de ce dernier en 1994. Deux ans plus tard, elle sort le bien nommé "Gone Again".

Depuis lors, entourée des fidèles Lenny Kaye et Tom Verlaine (Television), elle rappelle régulièrement à ses admirateurs son fascinant pouvoir d’incantation. Auquel il ne faut pas manquer d’ajouter un indéfectible engagement politique. "La nature du rock est d’être politique. Si j’ai choisi le rock’n’roll, ce n’était pas pour devenir une star, ni être riche et célèbre, mais pour dire des choses importantes, qui réveillent", confiait-elle à "Libération" en mars 2008, invitée comme rédactrice en chef d’un numéro spécial qui lui était consacré. Mission accomplie.

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