"Pénélope", complexe et raffinée
- Publié le 26-02-2017 à 08h40
- Mis à jour le 26-02-2017 à 08h41

Le grand chef français Michel Plasson dirige à Bruxelles l'unique opéra de Gabriel Fauré. Rencontre. Doubles débuts pour Michel Plasson : première "Pénélope", et première fois à La Monnaie. A La Monnaie, ou presque : c'est dans la salle Henry Le Bœuf du palais des Beaux-arts que le vétéran français dirigera pour la première fois, à 83 ans, l'Orchestre symphonique de La Monnaie dans l'unique opéra de Gabriel Fauré.
Depuis quarante ans
Occasion pour celui qui régna plus de trente ans sur le Capitole de Toulouse de réaliser deux vieux rêves. Le premier, c'était l'œuvre elle-même : "J'avais déjà enregistré le Prélude de 'Pénélope'. Et, avec EMI (NdlR : le label avec lequel Plasson a enregistré nombre de grands opéras du répertoire français), nous avions envisagé de graver 'Pénélope' avant d'y renoncer, faute de trouver les chanteurs adéquats. C'est une œuvre pour laquelle il faut avoir le temps, ce qui n'est pas aisé dans cette époque où tout va trop vite. C'est une musique complexe et raffinée, hermétique même parfois, avec un caractère singulier, en-dehors de toute école."
Le deuxième rêve, c'est La Monnaie, et Bruxelles : "Je connaissais la salle Henry Le Bœuf et son acoustique extraordinaire pour y avoir dirigé l'Orchestre du Capitole. Mais j'attendais depuis quarante ans de diriger à la Monnaie ! C'est une maison à l'histoire prestigieuse, où tant de choses se sont jouées avec audace, courage et réussite : nombre d'œuvres ont été données à Bruxelles, et même aussi à Liège, avant d'être données à Paris."
Alors, évidemment, quand La Monnaie a proposé à Plasson de venir à Bruxelles diriger "Pénélope", on se dit qu'il n'a pas dû hésiter trop longtemps : "Je me suis dit que si je ne le faisais pas maintenant, je ne le ferais jamais. Et je ne voulais pas finir ma vie professionnelle sans diriger 'Pénélope'."
Version de concert
Quand on lui demande de combien de temps il a disposé pour répéter l'ouvrage, Plasson refuse de répondre, comme s'il y avait là quelque secret défense. Mais, entre les lignes, on comprend qu'il aurait aimé en avoir un peu plus : "L'Orchestre de la Monnaie est un orchestre très réactif, attentif, plein de possibilités, mais qui n'est pas le mien. Et c'est une œuvre qu'ils ne connaissaient pas non plus : 'Pénélope' a été jouée à Bruxelles en 1913 peu après sa création, mais je ne suis pas sûr qu'elle ait été donnée depuis. Disons que nous avons fait un chemin ensemble mais que, si j'avais vraiment le temps, je pourrais obtenir d'eux des couleurs extraordinaires. Je me réjouis en tout cas que La Monnaie ait programmé l'œuvre."
Plasson se réjouit aussi que l'ouvrage soit donné en version de concert : "Fauré est un immense musicien mais en marge et délicat : il n'avait pas le sens dramatique d'autres compositeurs français comme Massenet ou Thomas, et le livret de Fauchois est moins habile que celui de 'Pelléas et Mélisande'. 'Pelléas' est un miracle exceptionnel, dû à la fusion nucléaire entre Maeterlinck et Debussy, mais la musique de 'Pénélope' est encore plus complexe. Ici, je suis heureux de pouvoir me consacrer entièrement à la musique : j'ai dirigé des productions avec des mises en scène extraordinaires, mais il y en a aussi pas mal qui dénaturent la musique. Les versions de concert sont idéales pour certains ouvrages - pensez à Berlioz ! - et elles coûtent beaucoup moins cher."
Elégance
Plasson place au pinacle le répertoire français : "La langue française n'est pas une langue naturellement chantante : c'est une langue intellectuelle, et sans accent tonique. Mais la musique française est tout en élégance, en raffinement, en non-dits. Elle ne se répète pas, à la différence de la musique allemande : ce qui est dit est dit et tant pis pour ceux qui ont manqué un moment. C'est pour cela qu'elle est beaucoup plus difficile à interpréter, là où il est presque impossible de rater un Wagner ou un Strauss."
Tiens, on vient de parler une demi-heure de Pénélope avec un Français sans évoquer François Fillon…
Bruxelles, Bozar, samedi 25 et mardi 28 février à 20h; www.lamonnaie.be