Philip Catherine voit la vie en bleu

PAR DOMINIQUE SIMONET Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

PORTRAIT

Cela fait bientôt trente ans que Philip Catherine porte haut nos couleurs guitaristiques. Les duos avec son frère d'armes Larry Coryell sont restés célèbres, tout comme le trio qu'il composait avec le violoniste français Didier Lockwood et le guitariste tout aussi français Christian Escoudé. Peu de nos compatriotes peuvent aussi se targuer d'avoir joué et enregistré avec des sommités du jazz comme Chet Baker (trompette), Dexter Gordon (saxophone), Stéphane Grappelli (violon) ou Charles Mingus (contrebasse). Voilà qui place notre homme au top niveau de la six cordes jazz.

QUESTION DE MÉMOIRE

Imaginer alors que Philip Catherine aurait pu finir cadre et performer

dans un organisme financier ou dans une entreprise compétitivo-flexible fait quelque peu frémir. C'est pourtant ce à quoi le destinaient les études de droit, puis celles de sciences économiques entamées à Saint-Louis, à Bruxelles. Par bonheur, il ne les a pas terminées tout à fait: muni du certificat d'examens, il lui reste son mémoire à terminer.À 58 balais qu'il ne fait bien sûr pas, avec son éternelle mèche sur le front et ses yeux rêveurs , il ne songe pas trop à finir cet opus dont le sujet est pourtant, comme il l'était donc déjà fin des années soixante, d'une actualité brûlante: le pour et le contre des prix imposés dans le secteur du livre. Une question qui peut bien sûr être étendue au disque et à tout autre «produit» culturel.

AH, CES HISTOIRES DE DRÔÔÔÔGH!

Touillant dans ce thé dont, mi-Anglais comme l'indique son prénom raccourci, il est très friand, Philip Catherine se souvient qu'il a manqué être détourné de la guitare par nombre de musiciens qui mettaient en garde ses parents contre les problèmes de drogue, etc. De fait, l'époque post-parkérienne voulait que l'on ne fût jamais aussi bon et inventif que sous l'influence de substances particulièrement illicites

Par bonheur encore, certains musiciens et personnalité de l'époque comme le contrebassiste Benoît Quersin, les saxophonistes Bobby Jaspar et Jack Sels, et le producteur à la BRT Elias Gistelinck par ailleurs père du chanteur David Linx , ont persuadé le jeune Philip de poursuivre ses efforts, persuadés qu'il était de la graine de virtuose. Comme ils ont eu raison

LE DÉSERT DES GUITARISTES

D'autant que l'époque n'était guère favorable à l'éclosion de pointures jazz, rayon des guitaristes. La plupart étaient à l'étranger Toots Thielemans aux Etats-Unis, René Thomas au Canada , et, de ces pays-là, il en venait peu chez nous. Le premier dont Philip Catherine se souvienne est Leslie Spann, passé en Belgique avec l'orchestre de Quincy Jones, début des années soixante. Et puis un certain Freddie Green, un des piliers du big band de William «Count» Basie: «Je sais que j'ai pu lui serrer la main, mais je ne me souviens de rien d'autre. À cette époque, les Tal Farlow, Barney Kessel ou Jimmy Raney ne venaient jamais en Belgique.»

BLAGUES DE POTACHES

La chance est d'avoir quand même pu voir le guitariste liégeois René Thomas, de retour du Canada, en trio avec l'organiste Eddy Louiss et le multiinstrumentiste Bernard Lubat, ainsi que dans un supergroupe composé notamment de Bobby Jaspar (saxes et flûte) et Daniel Humair (batterie). Ils ont même pu faire le boeuf ensemble, sans manquer quelques blagues de potache: «Parfois, ma guitare était accordée autrement, et je ne lui disais rien. Vous imaginer sa tête aux premiers «accords»

.

Si Philip Catherine est en admiration face à René Thomas, il est en vénération devant Django Reinhardt. Bien sûr, il y a les son séduisant et phrasé enchanteur mais, derrière la guitare, il y a le musicien: «Lorsqu'on me demande quel est mon musicien favori, je réponds Django Reinhardt, mais par parce qu'il est guitariste: il aurait joué de la cornemuse, il aurait été génial!»

Contrairement à de nombreux guitaristes, Philip Catherine n'est pas atteint du virus de la collectionnite et, sur scène, il n'apparaît pas entouré de 14 manches dressés. Non, on le verra le plus souvent avec une bonne vieille Gibson ES 175 celle-là même que Toots Thielemans surnomme «la madame jazz» , achetée place Anneessens à Bruxelles, en 1960. S'il lui a fait quelques infidélités pendant les années septante, au profit d'une Les Paul Custom, s'il garde un oeil sur une Fender, il est revenu à la «madame» depuis une vingtaine d'années, la confiant à deux luthiers pour l'entretien, modifiant parfois le tirant ou la hauteur des cordes, mais c'est tout. Aucun fétichisme pour celui qui avoue avoir pu en acheter une autre, sans que sa vie en soit bouleversée: «Il y a du hasard là-dedans, et aussi la nécessité de ne pas changer d'instrument tout le temps.»

Fasciné par la subtilité du jeu de pianistes comme Bill Evans, Erroll Garner, Herbie Hancock et plus encore le Wynton Kelly époque Miles Davis, il lui arrive de les écouter à demi-vitesse, «pour bien entendre la mise en place».

Mais c'est surtout de trompettistes-buglistes qu'il apprécie la compagnie musicale. Après les extraordinaires Chet Baker et Tom Harrell, c'est au tour du brillant Bert Joris de partager sa vie musicale. Là comme ailleurs, l'important sont les qualités intrinsèques du musicien, mais surtout «la capacité d'interaction qu'il peut y avoir entre deux artistes». Leur dernier album en date, «Blue Prince», en témoigne, entre Philip et Bert passe une ligne à hot tension.

Album «Blue Prince» chez Dreyfus/Culture Records. Philip Catherine en concert le 5 mai dans le cadre du festival Jazz à Liège, au Palais des congrès. Il partage l'affiche avec Nathalie Loriers, Didier Lockwood Trio, L'âme des poètes, Rabih Abou-Khalil, Rêve d'éléphant orchestra, etc. Tél. 04/221.10.11.

Web http://www.jazzaliege.be. Le quartet de Philip Catherine est par ailleurs le 9 mai à 20h, en plein air, au Rondenbosdomein à Alsemberg; infos au CC de Meent, tél. 02 380 23 85, E-mail demeent@pi.be

© La Libre Belgique 2001

PAR DOMINIQUE SIMONET

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