Pukkelpop: Lianne de toute son âme

Rencontre, Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

"Found myself in a second/I Found myself in a second-hand guitar/Never thought it would happen" chante Lianne La Havas. La musique, cela dit, avait toujours été là, tout près. Dans les chants de sa grand-mère, portée sur la musique religieuse, dans les disques de reggae et de folk grec de son père, par ailleurs musicien, dans son propre goût pour le chant et l’écriture, que cette ado "timide" n’imaginait cependant pas partager avec autrui. Jusqu’à ce que son entrée dans la chorale scolaire et une prof magique créent l’étincelle. "Elle est toujours mon coach vocal" confie la chanteuse londonienne. A 22 ans, après avoir attiré l’attention générale avec le titre aérien et intemporel "No Room For Doubt" (en duo avec Willy Mason), elle vient de sortir un 1er album remarqué, "Is Your Love Big Enough ?". Et joue déjà dans la cour des grands - au Pukkelpop ce jeudi. Difficile d’imaginer qu’elle fut un jour "timide" tant, sur scène, elle rayonne (cf. LLB 14/5). C’est sa prestation à l’émission "Late With Jools Holland" en 2011 qui fit mouche : Bon Iver, sous le charme, lui offrit la première partie de sa tournée. "Je n’y croyais pas !" La jeune Anglaise n’était pas au bout de ses surprises, comme on le lira plus loin.

En attendant, la musique, désormais, elle y croit, forte d’une voix magnifique (douce et solide à la fois, voilée juste ce qu’il faut) et d’un premier opus soul-jazz-folk d’où se détachent quelques pièces puissantes ("Age", "Au Cinema", "Is Your Love Big Enough ?", "Forget", etc.). Forte aussi, confie-t-elle, de l’alchimie qui s’est créée entre elle et le musicien Matt Hales - réalisateur, et co-auteur de la plupart des titres. Rencontre relax avec Lianne, accompagnée de Connie : sa guitare Danelectro 1964 qui porte le nom de sa grand-mère

Des médias vous ont décrite comme “le nouveau visage de la soul moderne” ou encore “la prochaine star de la pop”…

Je n’y fais pas trop attention. J’espère juste que les gens vont trouver une connexion avec ma musique. J’ai passé pas mal de temps à créer cet album, affiner mes propres goûts, peaufiner le son. Et j’espère avant tout garder la musique pour métier, faire d’autres albums, me produire aussi longtemps que possible.

Avec votre belle voix, certains vous placent dans le sillage d’Amy Winehouse ou d’Adele. Sentez-vous une quelconque “connexion” avec quelqu’un comme Adele ?

Mmh, oui, sans doute dans le fait que c’est une forte personnalité - j’aimerais toujours rester forte, savoir ce que je veux. Et dans le fait qu’elle chante sur sa propre vie. Je fais cela aussi, et des gens viennent me dire "vous savez, je suis aussi passé par là ". C’est, je crois, littéralement, chanter depuis son âme, de toute son âme. Et j’admire cela chez des chanteuses telles Amy et Adele. C’est de la vraie soul music, quand tu chantes juste ce que tu ressens, tes sentiments.

Vous chantez “Au cinéma”. Vous êtes à l’aise sur scène. Actrice, cela vous tente ?

J’aimerais essayer, oui. J’ai toujours adoré le théâtre, à l’école - autant que le dessin, la musique et l’anglais. Un jour, peut-être. Théâtre, cinéma, télévision : quoi que ce soit.

Y a-t-il une actrice que vous admirez ?

J’adore Diane Keaton époque Woody Allen. Marion Cotillard est merveilleuse dans "La Vie en Rose". Et Lauryn Hill ! Elle était excellente dans "Sister Act 2". C’est le premier film dans lequel j’ai pensé que je voudrais peut-être chanter (sourire)

Vous avez tenté votre chance au cinéma ?

L’an dernier, j’ai passé une audition pour un téléfilm - je me suis retrouvée parmi les trois dernières candidates. C’était le rôle d’une chanteuse d’un groupe de jazz, dans les années 30. Ils m’avaient coiffée comme Billie Holiday. C’était une fiction mais basée sur des événements réels. Il y était question d’égalité raciale, de morale, de dépasser l’adversité Personnellement, je n’ai jamais été victime de racisme. J’ai fréquenté une école très multiculturelle à Londres, et j’ai grandi sans me demander qui était de quelle couleur. D’autant que ma famille est mixte (NdlR : gréco-jamaïcaine)

Votre album est bien reçu, vous tournez beaucoup. Y a-t-il un aspect moins positif dans cette vie artistique qui s’ouvre à vous ?

Me lever tôt (éclat de rire), ça, c’est particulièrement difficile pour moi ! Et puis, en cette ère digitale, le fait que les gens laissent, à tout bout de champ, des commentaires sur ce que vous faites. Les commentaires négatifs, il faut apprendre à faire avec.

Est-il vrai que Prince vous a contactée ?

Il m’a appelée. Il m’a confié qu’il était fan, m’a dit des mots très encourageants. On a parlé musique. Il m’a invitée dans son studio à Minneapolis, on a joué de la guitare, et encore causé musique. On aime tous les deux Joni Mitchell. Il m’a fait connaître Larry Graham. Je lui ai fait connaître ma guitariste préférée, Emily Remler (NdlR, guitariste de jazz décédée en 1990). C’est incroyable de rencontrer ses idoles comme ça. A Los Angeles, Stevie Wonder est venu me voir ! Il m’a chanté ma chanson "Is Your Love Big Enough ?", on a discuté trois quarts d’heure autour d’un verre de vin. Là (NdlR, mi-juin, date de cette interview), j’apprends que je vais faire la première partie d’Erikah Badu à Londres. Mon rêve absolu se réalise. C’est mon artiste féminine préférée. J’aime sa voix, d’abord, ce lent vibrato. Ses chansons, ensuite, où elle parle de sa vie tout en pouvant prendre une direction très politique ou humoristique. La façon dont elle est connectée au public. Elle est comme une déesse. Forte et féminine à la fois. Elle danse aussi. Elle a tout.

Lianne La Havas, "Is Your Love Big Enough ?", Warner. Au Pukkelpop ce 16 août; au Cirque Royal le 21 novembre.

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