Musique / Festivals Cette fois, Rachid Taha est au rendez-vous. A quelques heures de son concert aux Nuits Botanique en mai dernier, le chanteur algéro-français a concédé l’une ou l’autre plage horaire, mais "il ne faut pas que je parle trop, j’ai un peu la crève" . Lors des deux journées presse organisées en mars, l’une avait été annulée pour cause de neige sur la ligne du Thalys Paris-Bruxelles. On sait l’homme affable, mais parfois ses propos manquent de cohérence. Il est fatigué, a fait une longue route sur du mauvais asphalte. En effet, quand il nous parle de l’autoroute près de Dour, on compatit !

Au printemps dernier, Rachid Taha a sorti un 9e album studio, "Zoom", qu’il aurait tout aussi bien pu appeler "Grand Angle", au vu du nombre d’invités. Lui, insiste sur le "Zoom", "qui vient de loin et va vers le concentré" . Parmi les artistes conviés, un nom se détache des autres, celui de Justin Adams, ancien guitariste de Robert Plant (Led Zeppelin), qui est le producteur du nouvel opus du chanteur algéro-français. Brian Eno a également joué le même rôle, mais sur un seul morceau, le remix de "Voilà voilà", dont la première version était sortie… il y a vingt ans. La chanson fustigeait, à l’époque, toutes les formes de racisme et de fascisme. Rien n’aurait donc changé sous le soleil de cette "Douce France" ? Sur cette fameuse reprise, quand il ne chante pas "Ça recommence", il insiste sur "Ça continue", on n’arrivera donc jamais à enrayer le processus ? "Ben, j’ai pas l’impression. J’ai été très surpris de voir que le parti d’extrême droite est devenu puissant en Angleterre. Il est à 25 %. Si cela touche même l’Angleterre, ça commence à faire très très peur." Mais Rachid Taha sait aussi balayer devant sa porte. "Jamila" évoque la condition de la femme musulmane qui semble n’avoir guère changé depuis "Zoubida" qu’il avait écrite dans les années 80. Ce n’est pas un hasard si, quand il voit passer des femmes voilées dans la rue, il raille : "Vous avez ça chez vous aussi !"

Rachid Taha a 54 ans. Né à Oran, il est arrivé en 1959 en France, alors qu’il avait 10 ans. Dans les années 80, il est le leader du groupe Carte de Séjour, qui reprenait, gentiment provocateur, la "Douce France" de Charles Trenet. Punk, rock, raï, on ne sait trop quelle étiquette coller à Taha. Aucune et toutes à la fois, même s’il n’y en a pas une qui lui agrée. Sur "Zoom", on croise aussi Mick Jones (ancien Clash), Brian Eno, Elvis Presley, Oum Khalsoum. Beaucoup de monde et du beau. "Le souk, s’exclame l’intéressé ! Le souk, c’est devenu un terme péjoratif en Occident, ça veut dire le bordel. Pour moi, le souk, c’est un mélange de cultures, de produits artisanaux, les odeurs, le parfum, le savon d’Alep - qui ne vient pas de Marseille."

Zoom sur Oum Khalsoum et Elvis Presley

C’est que les guitares électriques se marient fort bien avec l’oud arabe ou le luth du fidèle Hakim Hamadouche. "C’est le fait du travail de Justin Adams. On a œuvré en amont. Je lui ai fait écouter mes différents goûts musicaux. On s’est rendu compte que Justin, Brian et moi, on écoutait tous la même chose." C’est-à-dire ? "Farid El Atrache, Franck Zappa, Les Beatles ou Elvis." Et ce dernier comme liant ? "Ah oui. Et Oum Khalsoum, bien sûr. Pour Brian Eno, elle est la plus grande chanteuse du monde. Pour Steve Hillage aussi." (ce dernier ayant produit les précédents albums de Taha, plus electro). D’où l’hommage à la diva égyptienne au travers de "Zoom sur Oum". "Ce n’est pas uniquement sur Oum. Je voulais faire le lien entre l’Orient et l’Occident. Oum et Elvis. Pour me marrer, je dis : ‘De Memphis à Memphis’. Parce qu’il y a un Memphis en Egypte et le Memphis aux Etats-Unis." D’Elvis, il reprend "It’s Now or Never", en duo langoureux avec Jeanne Added. "Une reprise déjà. D’une chanson napolitaine "O sole mio". Cela a été facile pour moi. Naples, c’est le début de l’Afrique. On a tourné le clip là-bas. J’avais l’impression d’être en Afrique du Nord."

Que de rencontres et que de belles alchimies. "Un mot arabe. Tous les mots qui commencent par -al sont d’origine arabe" , ne peut s’empêcher de relever l’artiste, bien à propos.

"Zoom", un CD Naïve/Pias. En concert au Brussels Summer Festival, place des Palais, ce 11/8 à 19h15.