Retour de la féerie à la Monnaie

Martine D. Mergeay Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Le rideau de scène donne déjà le ton: riche dentelle stylisée, en noir et blanc, dont on se rend bientôt compte qu'elle est tissée par les araignées... Charme et séduction, d'une part, signes vaguement maléfiques de l'autre. C'est avec un pied dans chacun des deux mondes que le spectateur traversera le «Midsummer Night's Dream» de Benjamin Britten, inspiré de l'inépuisable comédie de William Shakespeare et créé à Aldeburgh en 1960.

L'amour, seul «ordre»

Contrairement aux oeuvres de Purcell ou de Mendelssohn, qui privilégient la face gracieuse et irréelle du monde des fées, l'opéra de Britten s'attache à la comédie originale et en adopte les aspects contrastés, à la fois réalistes, crus et poétiques, révélant que les passions poussent aux pires folies, qu'aucun serment ne peut être pris au sérieux mais que l'intuition d'amour reste le premier guide des fées, des humains, des animaux, de la forêt, des astres, bref, de la nature tout entière (dont ce serait, en définitive, le seul «ordre»).

C'est avec ce mélange de cynisme et d'indulgence que David McVicar aborde l'opéra de Britten. Le visuel, signé Rae Smith, est d'un faste exceptionnel, dans la plus pure tradition des contes de fées XVIIe: tulles, jupons bouillonnés, feuilles et fleurs, dorures, gloire descendant des cintres (on n'avait plus vu ça depuis Thierry Bosquet), le tout inscrit sous une monumentale toiture de grange, défoncée côté jardin par un tronc d'arbre abattu (par la brèche, apparaît une lune plus vraie que nature, due à Dirk Frimout!) et abritant, côté cour, d'immenses vieux meubles servant d'ouverture vers des mondes imaginaires...

Les enfants mènent le jeu

Mais au coeur des images chatoyantes, les gracieux enfants, maîtres du jeu, jettent le trouble par leurs attitudes tour à tour cajoleuses et menaçantes: issus du monde des fées, témoins des égarements de leurs souverains - toute l'aventure du «Songe» découle d'une dispute entre Obéron et Tytania pour la possession d'un page! -, ils n'ont d'autre morale que celle de leurs propres aises. Piégés par leur faiblesse autant que par les sortilèges de Puck, les deux couples princiers retourneront à la normalité conjugale sans qu'on puisse espérer chez eux plus de sagesse. Quant aux artisans - troisième groupe social impliqué -, ils sont ici campés à la Dickens, terre à terre et endimanchés, et c'est à eux que reviendront, sur le mode burlesque, les valeurs de fraternité et d'humanisme de la pièce.

Lecture claire, sans mystère

A la démonstration limpide mais foisonnante de McVicar ne correspond pas celle d'Ivor Bolton: sa lecture est claire, certes, mais objective et dénuée de mystère. Excellent dans les passages récitatifs ou les parodies (nombreuses dans cette partition) mais frustrant dans les subtiles parties (des cordes surtout) destinées à accompagner les fées et la nature...

Totalement convaincante sur le plan scénique, la distribution est assez inégale sur le plan vocal: dans le rôle périlleux d'Obéron, le contreténor Michael Chance mêle musicalité, défauts d'intonation et manque de puissance; Laura Claycomb, voix souple et aigus lumineux, est une Tytania d'anthologie, et on ne s'étonnera pas du succès de Bottum, même avec une tête d'âne, alias Laurent Naouri, prodigieux de maîtrise et d'assurance, à tous niveaux. Notons les excellents Alfred Boe (Lysander) et Leigh Melrose (Demetrius), la contribution remarquée de Lionel Lhote (Starveling) et celle de Richard Coxon (Flute) et la performance du circassien David Greeves (Puck). Réserves, par contre, concernant Deanne Meek et Madeline Bender.

La palme revenant aux enfants de la Maîtrise, porteurs de rêve et d'émotion, et à leur chef Denis Meunier.

Bruxelles, la Monnaie, les 19 et 26 décembre à 15h, les 7, 9, 11, 14, 17, 21, 23, 28, 29, 31 décembre à 20h. Tél. 070.233.939, Webwww.lamonnaie.be

© La Libre Belgique 2004

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