Musique / Festivals

Ils sont une poignée à l’échelle de la planète musique. Orfèvres dans l’ombre des plus célèbres protagonistes de la scène ou des popstars cathodiques. Des musiciens devenus producteurs de la plupart des tubes des temps modernes, et de quelques chefs-d’œuvre aussi. Pas des producteurs dont on emprunte les deniers, plutôt ceux dont on pique le cerveau. En matière de musique, ils sont ceux qui fabriquent l’instrumental, le composent et l’assemblent, en enregistrant des parties d’instruments ou en reproduisant des sons à partir de logiciels, d’ordinateurs, voire de samples ou de voix. Des dompteurs de déhanchés, des faiseurs de mélodies.

Ils se nommaient jadis Phil Spector (Ramones, le "Let it Be’’ des Beatles, Leonard Cohen), Quincy Jones (Frank Sinatra, Michael Jackson), Tony Visconti (David Bowie) ou encore George Martin (Beatles). Ils se nomment aujourd’hui Nigel Godrich (Radiohead), Brian Eno (Talking Heads, U2), Pharrell Williams (Miley Cyrus, Beyoncé, Ed Sheeran), L.A. Reid (Outkast, Rihanna, Justin Bieber), Timbaland (Justin Timberlake, Jay-Z, Madonna), DangerMouse (Gnarls Barkley, Black Keys, Adele), Mark Ronson (Amy Winehouse, Lily Allen, Robbie Williams), Rick Rubin (Red Hot Chili Peppers, etc.)… Et ce sont eux qui fabriquent la bande-son de vos vies.

De Prodigy à Adele

Beaucoup d’Américains dans l’équipe certes, mais le métier n’est pas pour autant l’apanage d’Oncle Sam. L’un des producteurs les plus fascinants du monde actuellement est britannique et répond au nom de Richard Russell. Né à Londres, il y a 46 ans; l’homme est aujourd’hui à la tête du label XL Recordings. Une maison qu’il co-fondait en 1989 dans le but premier de promouvoir des projets dance music, devenue aujourd’hui l’une des mieux réputées du globe et désormais partie de Beggars Group. La liste des artistes et groupes qu’elle a hébergés a de quoi donner le tournis, de Radiohead à Adele, en passant par Moby, The XX, King Krule, Frank Ocean…

C’est en tant que musicien électronique et moitié du duo Kicks Like a Mule (avec Nick Holkes) que Russell se fait d’abord entendre. Leur légendaire single ‘’The Bouncer’’, publié en 1992, est un classique du son "rave’’ qui secouait les clubs à l’époque. Au fil des saisons, l’Anglais aiguise ses oreilles déjà alertes et délaisse progressivement la scène pour s’initier aux joies du studio et de la production. XL Recordings, dont il prendra la tête en 2007, publie les travaux de Prodigy dans les nineties, puis des White Stripes ou M.I.A. la décennie suivante.

2011 marquera un tournant dans la carrière de Richard Russell. L’immense Gil-Scott Heron opère son grand et ultime retour avec l’album ‘’I’m New Here’’, dont le producteur londonien sera l’unique artisan. Dans la foulée, il façonnera ‘’The Bravest Man in the Universe’’ (2012) pour un autre mythe nommé Bobby Womack. En 2014, c’est au tour de Damon Albarn d’être sublimé par Russel qui produira pour lui la magnifique plaque solo ‘’Everyday Robots’’. Avant sa rencontre avec les sœurettes épicées Ibeyi, dernières muses en date du patron de XL, présentes au générique de son dernier projet ‘’Everything is Recorded’’ (cf. ci-dessous).



Everything is Recorded et son casting de rêve

Un peu de magie dans ce monde de brutes. Le sorcier se nomme donc Richard Russel, boss de XL Recordings et à l’origine de plusieurs albums majeurs de ces quinze dernières années (cf. ci-dessus). Son chaudron, posé dans le sud de Londres, se nomme ‘The Copper House’. Il y a un an, l’Anglais eut l’idée d’en faire un espace de création pour les récurrents musiciens de passage, histoire d’y mélanger leurs notes, leurs univers, leurs idées et de géniales jam sessions improvisées. Autant de moments suspendus tous enregistrés. D’où le nom de ce projet collaboratif inspiré. 

Après un premier EP joliment nommé "Close But Not Quite" qui faisait saliver, voici déjà qu’arrive le LP annoncé (d’autres sorties sont d’ailleurs évoquées dans le courant de cette année). Douze pistes qui flottent gracieusement entre ambiances hip hop, nu-soul, rythmiques électroniques et blues 3.0. Le tout soutenu par un casting de rêve, où l’on croise la voix d’ange de Sampha (dans la télé ci-contre), les harmonies des frangines franco-cubaines Ibeyi, les flows des emcees Giggs (UK) et Wiki (US), le souffle irrésistible du jazzman californien Kamasi Washington, la barbe de Warren Ellis (échappé des Bad Seeds), etc. De la haute-couture musicale. Et un disque envoûtant des plus réussis.

> Richard Russell, "Everything is Recorded", 1CD (XL Recordings).