Musique / Festivals

A tout feu d'artifice, il faut une apothéose, un bouquet final; celui de cette treizième édition des Francofolies de Spa a été apporté par Jean-Louis Aubert, sur la place de l'Hôtel de ville, dimanche soir. Mais avant cela, La Grande Sophie avait déjà bien planté le décor, en une affiche qui ressemblait furieusement à celle du 17 juillet à La Rochelle, à la différence près qu'ici, entre les deux, il y avait Cali et non Raphaël. On y a gagné au change.

«Vous avez chaud? Moi aussi, et j'aime ça!» Tête de mort et tibias croisés sur la bretelle de son Epiphone, La Grande So mène son spectacle à la manière d'une bateleuse. Un peu grivoise tout de même, quand elle s'y met... Question rock, c'est parfaitement envoyé, et les enchaînements sont pile poil, mais, à part «On savait», «Du courage» et la reprise de «My heart belongs to daddy», son répertoire manque encore de bonnes chansons, de celles dont on retient ne fût-ce que le refrain et qui font vibrer les foules. Sophie rock'n'roll aime en tout cas le contact avec le public, au milieu duquel elle se jette à bras ouverts, en un «diving» qui fait toujours son petit effet.

Cali courbé

Un qui ne va pas redresser la verticalité convexe de la gare de Perpignan, où il est né en 1968, c'est bien Bruno Caliciuri, alias Cali, qui entre en scène courbé titubant. Le chanteur est passé du Petit théâtre du casino à la grande scène Rapsat en deux ans, ce qui donne une idée de la rapidité du chemin parcouru. Après un solide échauffement «backstage», cet ancien rugbyman prend la scène pour une salle de sport, et son public pour un «sparring partner», quand il ne lui crache pas de l'eau à la gu..., pardon, à la figure. Incorrigible, Cali, c'est comme ça qu'on l'aime.

«Je suis le veuf d'une traînée qui n'est pas encore morte», conclut-il. «Je te souhaite à mon pire ennemi.» Et de renouer avec la bonne vieille tradition rock'n'roll, c'est le cas de le dire, qui consiste à se rouler par terre. Il ne boit pourtant que de l'eau, apparemment, sur scène... Lui qui sait ce qu'il ferait des petites fesses blanches de son amie si on lui annonçait «La fin du monde pour dans 10 minutes» ne cesse pourtant de s'interroger: «Il y a une question», et c'est «Combien de jours de deuil à la mort de Johnny?»

Commencée par un délicat duo piano-violon alto, «Roberta» se conclut dans une espèce d'anarchie mariachi, et, côté expression, l'on ne peut s'empêcher, une fois encore, de penser à Jacques Brel. Comédien jusqu'à l'extrême, n'hésitant pas à passer les bornes au-delà desquelles y a plus de limite. Bien au courant des choses, Cali s'associe à l'idée du concert contre le racisme du premier octobre prochain, lancée par Tom Barman et dEUS, et entonne «Pensons à l'avenir» avec La Grande So, qui a raccourci sa robe pour l'occasion.

Cali, c'est vraiment le gars à prendre ou à laisser, l'indifférence n'a pas place avec lui qui - c'est une manie aujourd'hui - se jette dans le public, fait mieux que Sophie en traversant toute la place de l'Hôtel de ville, grimpe sur les échafaudages des lumières et repart dans l'autre sens, pendant que le public enchaîne les «lalala, elle m'a dit». «Alors, vous avez décidé de mettre le bordel jusqu'au bout?»

Flamme téléphonique

Avec la complicité de Jean-Louis Aubert, cela ne sera pas bien difficile. Après Louis Bertignac le premier soir, il vient raviver la flamme téléphonique en fin de Francos. Quelle maestria! Aussi à l'aise dans son propre répertoire qu'avec l'héritage Téléphone, Aubert enchaîne «Idéal Standard», «Argent trop cher», «Locataire», «New York avec toi», «Comme un accord», «Ça c'est vraiment toi», «Juste une illusion», etc. Qu'on le veuille ou non, on n'a jamais fait mieux en rock français, dans le style stonien en tout cas, avec des parties de guitares bien «savatch'». La place de l'Hôtel de ville n'est plus qu'un bond, un seul, auquel se joint, sans se faire prier, Jean Steffens, l'un des heureux organisateurs de ces Francofolies à succès.

Le public réclame encore «Cendrillon» mais il a droit à «Voilà, c'est fini», d'un Aubert qui termine seul à la douze cordes, accueille les bénévoles du festival sur scène, et roule ze patin mahousse à... Cali. Comme dit la chanson, Cali, c'est fini...

© La Libre Belgique 2006