Rock Werchter : Entre ardeur et langueur

M.-A.G. Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Ça n’est pas nouveau, mais cela vaut toujours la peine de le rappeler, certains rockeurs ont une certaine classe voire une classe certaine. C’était le cas du "so british" Miles Kane vendredi après-midi transpirant dans son costume bleu électrique sous la toile de The Barn. Quelques heures plus tard, sur la Main Stage, cette fois, voilà Jack White et ses musiciens Los Buzzardos, complètement endimanchés. L’on sait l’ex-White Stripes amateur d’un bleu délavé. Jolie concordance qui voit le ciel s’ouvrir sur une même tonalité lors de son arrivée sur scène. Chic suprême, une ravissante plume de la fameuse nuance orne son chapeau. Sans parler de sa guitare. Voici pour la forme.

Pour son unique date belge, Jack White, qui sortait en avril dernier son premier album solo, le sublime "Blunderbuss", a changé plusieurs fois de couvre-chef. On l’a ainsi vu piocher dans les White Stripes (il a entamé son set avec "Dead Leaves" et l’a clôturé par "Seven Nation Army"), dans les Raconteurs, dans les Dead Weather; il a même lorgné du côté de Danger Mouse. Une prestation impeccable, l’homme joue comme si sa vie en dépendait. Trop d’empathie ? Toujours est-il qu’on a cru le voir soucieux, à moins que ce ne soit concentré. Du coup, on en était presque tendu.

Après "Jacques Blanc", place à la laine du roi (Lana del Rey). On se dit qu’un petit quart d’heure devrait suffire pour rallier de nouveau The Barn. Le trajet est en épingle à cheveux et la route des transhumances ne se fait pas sans heurt. Ouf, on est arrivé, pas trop mal placé. Pas de robe de princesse, celle qui fait tout pour ressembler à une femme fatale des années 50 porte un slim satiné et un marcel Jack Daniel’s. Le public est aussi là par curiosité - même s’il y a de nombreux admirateurs - et le bruit de fond des conversations est particulièrement désagréable quand on connaît la voix de velours de la donzelle.

Enfilées les unes après les autres, les chansons issues de "Born to die" se révèlent assez monotones. Et même si sa descente dans les premiers rangs suscitent un certain émoi - la Californienne prouvant par là qu’elle a acquis quelque assurance, épaulée aussi qu’elle est par une féminine section à cordes -, l’on n’arrive pas à se départir de l’idée que tout cela est beaucoup trop apprêté.

C’est le début de la soirée, on repart dans l’autre sens. On se fraye un passage entre les corps allongés, et l’on fait de son mieux pour ne pas glisser sur un détritus (genre peau de banane). dEUS en est déjà au deuxième tiers de son set et l’on peste d’avoir raté "Instant Street" et sa déferlante de guitares subtilement dosées. Plus négligé, chemise blanche ouverte, Tom Barman se lance, en français alstublieft, dans le tout récent "Quatre Mains", issu de "Following Sea" que le groupe anversois vient de sortir 8 mois seulement après "Keep you Close". Pas à dire, dEUS sait y faire. Il y a des groupes comme cela qui, presque 20 ans après leurs débuts, continue d’attiser la braise. Et ce n’est pas la reprise de ce bon vieux "Suds and Soda" qui témoignera du contraire.

dEUS, révélé en 1994 avec "Worst Case Scenario" et Pearl Jam 4 ans plus tôt avec "Ten" : il n’empêche, on craignait davantage pour ces derniers. Bien mal nous en prit, on s’est laissé emporter par le set d’Eddie Vedder et de ses acolytes qui n’ont de leçon à recevoir de personne.

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