Musique / Festivals Le rappeur bruxellois est partout. Et sera curateur du Festival FrancoFaune le 13 octobre, le temps d’une "carte blanche" au VK.

Il est aujourd’hui l’un des emcees les plus doués et les plus populaires du plat pays, courtisé par l’industrie du disque. A 23 ans, Roméo Elvis Van Laeken (de ses vrais prénoms, Elvis étant le 3e et, pour l’anecdote, Johnny le second), a le vent en poupe et de beaux jours musicaux devant lui. Un echte brusseleir né à Uccle, mais qui a grandi du côté de Linkebeek, où bien des trentenaires et des poussières se rappellent l’avoir gardé pour se faire quelque menue monnaie. "J’ai eu plein de baby-sitters quand j’étais petit en effet, à cause du métier de mes parents qui sont comédienne et chanteur, et donc travaillaient le plus souvent en soirée. Mais j’en garde un excellent souvenir. Je me souviens d’Amandine par exemple, qui était un peu devenue la baby-sitter en titre à un moment. Je me rappelle aussi avoir enfermé dans le jardin un baby-sitter qu’on n’aimait pas." Déjà sale gosse…

L’art dans les gènes

Parlons-en de ces parents, autant crever l’abcès directement. La mère de Roméo est Laurence Bibot, humoriste et voix familière des auditeurs de La Première. Son papa, c’est Serge Van Laeken alias Marka, chanteur bien connu du public bruxellois. Une filiation artistique que le rappeur percevait jadis comme un poids. "D’abord, il y a la crise d’adolescence, où tu rejettes ta famille et tu ne veux surtout pas t’avouer que tu as envie de faire la même chose que tes darons… Puis, c’est passé et j’ai fait des études d’art à Tournai. Quand j’ai commencé à rapper, les premières années, je ne voulais pas que les gens sachent. C’est un petit pays, un petit milieu, je voulais éviter qu’on dise que j’étais pistonné parce que j’étais ‘fils de’, parce que ma mère bossait à la RTBF, ce genre de trucs… Je ne voulais pas être privilégié. Il y avait un malaise par rapport à ça au début. Mais j’assume qui je suis aujourd’hui. Ce n’est pas comme si j’étais le fils de Marc Dutroux…"

Vers 14 ans, le Bruxellois quitte la périphérie et la capitale pour découvrir le Hainaut occidental. "Saint-Luc, c’était l’école de la seconde chance pour moi. Je m’étais fait virer du collège Cardinal Mercier à Braine-l’Alleud. Je jouais les mauvais garçons, je traînais avec les mauvaises personnes et j’avais mauvaise réputation… J’étais catégorisé délinquant de la Communauté française, je ne pouvais m’inscrire qu’en qualification (filière d’enseignement technique, NdlR) et mes parents m’imposaient l’internat. A Tournai, j’ai découvert… la vie ! La liberté, les potes, la fête, les pétards… La peinture, la photo, la musique aussi. C’est là que j’ai commencé le rap." C’est là aussi qu’il allait se calmer ? "Oh non, j’ai continué à être un petit merdeux au moins jusque l’année passée !" A Tournai, en effet, Roméo frise six fois le renvoi, en raison de ses habitudes, "stupéfiantes" quasiment à chaque fois. Entre autres méfaits de ses belles années… "J’en ai fait des conneries… Si je devais faire ma thuglist, elle serait longue !" (rires)

La Voix du mélo

S’il bricole du rap depuis un moment lorsqu’il les rencontre, c’est avec les gars de L’Or du Commun que Roméo Elvis va mettre les deux pieds à l’étrier. "A la base, j’ai fait du piano en académie, de la guitare en autodidacte. Le rap, c’est venu plus tard, avec les potes de l’internat à Saint-Luc. 7VDS, ‘Vandales du système’, ‘Voleurs de Sky’, c’était le truc ! (rires) J’ai directement accroché, j’avais la tchatche, j’aimais celle des rappeurs…" Et il y avait surtout cette voix, grave et profonde, pour un flow caractéristique. Pas loin du timbre du Grand Fabien Marsaud, ou plutôt du diable posé sur l’épaule droite de son Corps Malade.

"Le côté grosse voix s’est symbolisé avec la musique, mais c’était déjà le cas avant. A Saint-Luc, on avait le droit de parler en classe, d’écouter notre musique, etc. A l’époque, la prof disait ‘Ecoute Roméo, je sais que vous pouvez parler mais, toi, tu dois chuchoter…’ (rires). Après, dans le rap, c’est vite devenu ma marque de fabrique." Un organe qui dut être dompté. Et qui s’est transformé au fil des rimes et des années. "Il a fallu la travailler, parce que c’est bien d’avoir une grosse voix, mais c’était très monotone au début. Aujourd’hui, je chante, et on est passé sur quelque chose de beaucoup plus riche."

Nouvelle école

En 2016, il n’est plus interdit au rappeur de chanter, les temps ont changé. C’est aussi à cet endroit que la musique de Roméo Elvis puise sa modernité, tout en maintenant un certain savoir-faire à l’ancienne. Au niveau des productions sur lesquelles il pose ses mots également, et très certainement le travail du talentueux producteur brainois Le Motel, qui cosignait "Morale", son troisième et dernier EP - bientôt réédité - en février de cette année (après "Bruxelles c’est devenu la jungle" en 2013 et "Famille Nombreuse" en 2014). "Désormais, le rap est plus accessible à des gens comme moi. Il y a de la place pour autre chose que des trucs de truands, de gros bras, des insultes ou des clashs… Maintenant, tu peux chanter, jouer de la guitare - je l’ai fait sur scène au Bota il y a peu. Mon rap parle d’animaux par exemple… Ce n’est pas un cri dans la rue, c’est de la déconnade, de l’humour, du surréalisme. Aujourd’hui, le vaste terrain de jeu du rap le permet."

Roméo s’interrompt soudain pour déplacer son vélo qui gêne le passage sur le trottoir. Cycliste donc ? "Toute l’année !", répond-il fièrement. Son beau vélo mauve lui valut l’opprobre du paternel molenbeekois - qui, forcément, ne porte pas la couleur d’Anderlecht dans son cœur - dès le premier jour où il l’enfourcha. "Mon père détestait le Sporting, pour lui il n’y avait que le RWDM. Quand j’étais gamin, comme c’était le meilleur club de Belgique, il acceptait de m’emmener au stade, avec les pieds de plomb… Il m’a même offert un maillot dédicacé de Mbo (Mpenza, NdlR) à contrecœur." Le football, autre domaine qui intéresse particulièrement notre homme : à chaque concert, il arbore d’ailleurs fièrement le maillot de la Juventus de Turin.

Sauf pépin, Roméo Elvis devrait publier "Morale 2" autour du 28 février prochain. Pile un an après la sortie du premier volet. Le jeune rappeur peaufine également d’autres projets sur lesquels il reste pour l’instant discret. Sa priorité du moment, c’est la soirée du 13 octobre au VK, dont le festival Francofaune lui a confié la programmation. On y croisera entre autres Angèle, sa sœur, elle aussi chanteuse.