"Ronquières Festival" est né... Le bébé se porte bien !

Pierre-François Lovens Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Le bébé est né samedi sur le coup de 13h20 Ses premiers cris ont été poussés "Inc. Ognito" - groupe punk-rock louviérois - aux pieds du Plan incliné de Ronquières, ouvrage majestueux qui, depuis la fin des années 1960, permet aux péniches de franchir les 68 mètres de dénivelé entravant leur route sur le canal Bruxelles-Charleroi. Durant tout le week-end, pas moins de trente groupes et une dizaine de milliers de festivaliers (5 000 samedi, 7 000 dimanche) se seront penchés avec bienveillance sur le nouveau-né. Et tout va pour le mieux ! "Ronquières Festival", première édition, peut envisager l’avenir avec bonheur : ses géniteurs - l’ASBL "Un Soir à Binche" et le team liégeois des Ardentes - n’ont pas manqué l’accouchement du premier (grand) festival pop-rock qui manquait à la région du Centre.

Pour mettre au monde un festival avec succès, il faut au strict minimum quelques têtes d’affiche (le public, de plus en plus submergé par les rendez-vous estivaux, ne se déplace pas pour des seconds couteaux) et des professionnels de l’organisation (il faut que ça s’enchaîne entre les scènes). Mais si on peut y ajouter un cadre original et une atmosphère conviviale, c’est encore mieux. De ce double point de vue, les organisateurs du Ronquières Festival ont frappé juste : le site vaut franchement le détour et l’ambiance aura été de la partie tout au long des deux journées de festival (même si on ne pourra jamais s’empêcher de pester sur ces pseudo-festivaliers qui, tournant le dos au moindre artiste ne figurant pas dans leur "playlist", prennent un malin plaisir à saboter le plaisir de leurs voisins).

Ronquières, avant d’être un nouveau rendez-vous musical, est donc avant tout un lieu à admirer. Il faut s’arrêter quelques instants au cœur de la petite bourgade hennuyère pour prendre la mesure du Plan incliné, énorme ascenseur à bateaux qui s’étend sur 1431 mètres et supporte deux bacs métalliques de 91 mètres de long sur 12 mètres de large pouvant transporter un bateau de 1350 tonnes ou bien quatre péniches de 300 tonnes. Une fois sur le site du festival, c’est toutefois la tour de béton, flèche de 125 mètres pointant vers le ciel comme la fine lame d’une épée, qui retient l’attention. C’est là, de part et d’autre du canal et de la tour, au cœur de terres agricoles, qu’ont été dressées les deux scènes - "Tribord" et "Bâbord" - du festival ronquiérois. Peu de festivals belges peuvent se targuer d’un décor naturel et architectural aussi original.

Côté scènes, précisément, les organisateurs avaient mis quelques grosses écuries dans leur poche pour s’assurer une belle rampe de lancement. Samedi, jour de notre passage, on a ainsi pu se remplir les yeux et se rincer les oreilles avec deux pointures de la scène anglaise, Metronomy et Peter Doherty. Du lourd. Les premiers, auteurs de l’un des meilleurs albums électro-pop de 2011 avec "The English Riviera", avaient tout bonnement coché leur unique date belge de 2012 dans l’agenda de Ronquières. Excusez du peu ! La brillante bande à Joseph Mount n’avait posé qu’une seule condition à sa venue : monter sur scène en début de festival. Résultat, ils ont déboulé à "Tribord", pantalons moutarde (Anna Prior, la batteuse, arborant une robe en lamé orange !) et chemises proprettes, sur le coup de 15h20. D’emblée, avec "Some written" et "The bay", Metronomy provoque le premier attroupement de la journée. En 50 petites minutes, Mount et ses trois camarades démontrent que, même en plein jour et en festival, ils sont aptes à garder toute la subtilité vocale et instrumentale de leur troisième opus.

Quant à Sa Majesté Peter Doherty, on redoutait bien sûr qu’il fasse faux bond à Ronquières. Et bien non, il était bien là, dès 19h30, histoire de s’échauffer. Une heure et demie plus tard, il apparaissait à "Bâbord". Avec, pour seul équipement, guitare folk et harmonica, danseuses (!) et une rangée de chopes L’éclusier du Plan incliné, perché une vingtaine de mètres en surplomb de la scène, n’aura que pu apprécier l’enchaînement, sans répit, de la douzaine de ballades romantiques du surdoué. On redoutait les caprices de Doherty; ce fut poétique et gracieux, même si bien trop court. Chapeau bas, Mister !

Pour le reste, Ronquières Festival aura sans doute ratissé trop large pour donner, dès sa première édition, un véritable fil rouge musical à son affiche. Il fallait avant tout tester la formule et, par conséquent, offrir "un peu de tout" - quitte à faire le grand écart entre Joey Starr et M Pokora ! - pour voir comment le public réagirait. Sur base de ce qu’on a vu et entendu (avec, dans le nombreux contingent belge, une mention spéciale pour Ozark Henry), la région du Centre tient un événement de belle facture.

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