Musique / Festivals

Il n’y a rien à des kilomètres à la ronde, à part des champs fraîchement moissonnés à perte de vue et quelques lumières de fermettes qui clignotent. Mais si, par hasard, un campeur perdu cherchait des camarades pour chanter et danser la nuit, il n'aurait qu’à suivre les hauteurs de la tour du plan incliné de Ronquières qui s’érige, droite comme un 'i', à plusieurs mètres, veillant sur les festivaliers.

Samedi soir, le campeur égaré n’aurait pas été déçu de sa soirée, vu les têtes d'affiche qui allaient jouer. Un programme qui avait un petit goût de rareté dans la longue file des propositions de l'été, puisque c'était à la fois le retour de MC Solaar et le seul concert qu'Etienne Daho donnerait cet été en festival. Bref, deux artistes confirmés qu'on n'avait plus vus depuis longtemps, des artistes animés de plaisir à l'idée de partager leur tour de chant. C'est ce qu'on a pu vérifier.

Rap revival

© AV PRESS
MC Solaar aura attendu la tombée de la nuit pour entamer son set, dans un décor de cocotiers infrarouges, très chiadé. Tout a été extrêmement calculé pour ce retour du rappeur français avec, sous le bras, son nouvel album « Géopoétique ». Il n'arrive pas tout de suite, il se fait attendre : c'est d'abord une esquisse du bonhomme qui remplit la scène. Il faut dire que cela fait un sacré bout de temps que MC Solaar ne s'est plus produit. Il faut dire que la question du retour chez les artistes n'est pas une mince affaire. Même intimement, en coulisses, on peut imaginer les questions avant d'entrer en scène : « Et si le public l'avait oublié ? » « Et si les fans ne l'aimaient plus autant ? » Dix ans d'absence n'ont pourtant pas entamé l'enthousiasme du public qui attend le rappeur, frétillant. Mais soyons clair: pour séduire la plaine de la scène 'tribord' de Ronquières, Claude MC devra rejouer ses morceaux d'anthologie, ce qu'il fait d'ailleurs avec un plaisir certain. S'il nous a d'abord donné à entendre, avec son morceau « Sonotone », qu'il avait une sacrée angoisse de vieillir (« Comme chaque printemps me pousse vers l'automne / Vers le sonotone »), on ne traîne pas trop longtemps en analyse du temps qui passe. Et Claude MC nous ramène à des choses qu'on a tant aimées, et notamment son « Bouge de là » qui, certes, a un peu vieilli, car on y entend les citations de « Trente millions d'amis » et du tour de poitrine de Samantha Fox, mais le ton et le contenu demeurent toujours aussi drôles. Toujours aussi bien vus également. Son « Nouveau Western » qui date de l'album « Prose Combat » en 1994, déjà, n'est plus neuf mais n'a pas mal vieilli, cousu de références, de jolies choses, de 'phrasettes' qui s'étaient accrochées la première fois dans notre mémoire il y a 20 ans et que, réactivées, nous aimons toujours autant. Et là, à ce moment-là, MC Solaar se détend. Il est amusant de se rendre compte qu'une partie du public - les moins de 25 ans - ne pourra pas s'émouvoir tout autant lorsque l'auteur-compositeur entonnera les premiers vers de « Caroline ». Mais ceux qui sont là pour cette chanson d'amour précisément expliquent, notamment à leurs enfants, l'histoire de Caroline. Et il y a plus d'un oeil humide, sur la plaine, quand Solaar nous dit susurrant « Comme le trèfle à quatre feuilles, je cherche votre bonheur/Je suis l'homme qui tombe à pic, pour prendre ton cœur/ Il faut se tenir à carreau, Caro ce message vient du cœur ». La déclaration d'amour idéale.

C'est exactement d'ailleurs ce à quoi s'adonne le chanteur qui restera généreusement sur scène, près d'une heure trente, pour nous accompagner in extremis jusqu'aux premières notes de Daho.

Notre deuxième rendez-vous d'amour

Une soirée et deux grands amoureux : MC Solaar et puis Etienne D.

© AV PRESS
Daho arrive sur scène, l'air dégingandé et sympa, dans une veste courte et cintrée aux épaulettes pailletées. Il a diablement la classe, il salue le public avec humilité (ou serait-ce de la timidité ?) de sa voix si suave ; et alors nous, on est déjà emballé. On aura fondu à la première minute. Daho a, à Ronquières, l'occasion de nous faire écouter son nouvel album « Blitz » que la presse a adoré et que l'on pourra écouter plus en détails lors de son 'Blitztour' qui passe le 21 novembre par l' « Ancienne Belgique ». Mais comme Daho est un séducteur, et même si ses nouvelles chansons nous enjôlent par leurs arrangements psychédéliques très chics et bien rythmés, il a compris, qu'en amoureux transis qu'on était, on venait aussi pour écouter, dans la nuit de Ronquières, ce qui fait son succès. Ce qui fait l'amour qu'on a pour lui, soit plus de trente ans de tubes radiodiffusés et qu'on a tous chantonnés dans notre bain, au volant ou à l'oreille d'un petit copain. Et notamment le fameux « Week-end à Rome » - dont on ne doute pas qu'il a dû faire vendre plus d'un billet d'avion pour 'Roma Fiumicino'. Car coincer « la bulle dans ta bulle/ Poser mon cœur bancal dans ton bocal, ton aquarium » , tout le monde en rêve à demi-mots fredonnés, tout le monde le chantonne, avec un sourire plein de dents. Et les gens du premier rang, filmés puis rediffusés sur grand écran, ont l'oeil ému et les bras tendus vers l'idole qui – quel âge a-t-il d'ailleurs? – gigote joliment. Etienne Daho a ce langage corporel communicatif, chaloupant d'un côté puis de l'autre de la scène, faisant monter le niveau sonore dès qu'il s'approche de la barrière du public...Etienne Daho a ce don des chansons aux paroles universelles... Etienne Daho le disait lui-même, « Il n'est pas de hasard, il n'est que des rendez-vous ». C'était un très joli premier rendez-vous ; le prochain 'date', c'est à l'AB!


---> Note : MC  Solaar sera en concert le 16 novembre à Forest National et Daho le 21 novembre à l'Ancienne Belgique.