Roussel en roue libre

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals Entretien

Gaëtan Roussel s’est fait plaisir, cela se sent à l’écoute de ce "Ginger". Un pétillant album annoncé par le titre énergisant "Help myself" - garanti action longue durée dans la mémoire et surtout dans les pieds.

Après avoir œuvré en quatuor (Louise Attaque) et en duo, (Tarmac), deux formations en stand-by jusqu’à nouvel ordre, le Breton se la joue en solo, sous son vrai nom. Son récent travail auprès d’autres artistes - Rachid Taha, Vanessa Paradis, et surtout Alain Bashung dont il a arrangé et réalisé le magnifique "Bleu Pétrole" - l’a "boosté" sur cette voie. "Avant, j’avais toujours fait partie de groupes. Là, c’est la première fois que je travaillais seul. Cela m’a amené naturellement à faire un disque solo, cela m’a donné envie de provoquer d’autres choses" explique-t-il.

Soit un opus assez inclassable, d’esprit pop, paré d’étincelles funk, soul ou electro, de gimmicks en tous genres et d’une kyrielle d’instruments, d’anglais et de français. Volontairement "décalé" des précédentes expériences musicales sans toutefois leur tourner le dos. Ainsi Gaëtan Roussel a-t-il invité Gordon Gano à écrire et interpréter un titre: le somptueux "Trouble". Gano n’est autre que le chanteur du groupe américain The Violent Femmes, source d’inspiration majeure (et l’un des producteurs) de Louise Attaque. Le musicien Joseph Dahan (ex-Mano Negra et Wampas), qui fut associé à l’aventure Tarmac, a, lui, été convié à co-composer tous les titres de "Ginger" avec Gaëtan Roussel. On croise décidément du beau monde dans cette échappée belle. Une femme prête sa voix mutine à deux titres: Renee Scroggins, l’une des trois sœurs formant le groupe new-yorkais ESG, connu dans les années 80 pour son mélange de hip-hop et post-punk. A la réalisation apparaissent d’autres noms, plutôt branchés electro (Julien Delfaud, Benjamin Lebeau, Tim Goldsworthy du label DFA ).

Le résultat de ces croisements improbables est brillant, jubilatoire.

On parle de disque “solo”, mais, en fait, vous n’avez jamais été aussi entouré…

Je savais que je n’arriverais pas à faire un disque seul, et je ne voulais pas être seul, me mettre en autarcie; j’avais envie de toquer à plein de portes. Bizarrement, je me disais que plus je travaillerais avec des gens, plus ça me ressemblerait. Il faut accepter de se perdre un peu, tout en veillant, au final, à ce que ça fonctionne.

Quelles contraintes vous étiez-vous imposées?

Si je me suis proposé une chose forte, c’est qu’on puisse dire à la fin que je m’étais décalé. Il y avait des choses sur lesquelles je n’avais pas envie d’appuyer. Au départ, des chansons comme "Les belles choses" ou "Dis-moi encore que tu m’aimes", qui ont plus un format "chanson", n’avaient pas forcément leur place dans le disque. Puis elles l’y ont prise, parce qu’elles donnaient de la place - par frottement, par opposition - à des titres différents comme "Inside/outside" ou "Tokyo". Parce que je sentais que le décalage, avec ces titres-là, se dessinait.

On a l’impression que vous avez davantage misé sur le rythme et la composition que sur la voix et les textes.

C’est vrai. J’ai essayé d’avoir une approche, disons, plus anglo-saxonne; ce qui m’a obligé à trouver des mélodies, des mots, des sonorités, une métrique parfois différents, ou des rythmes qui font que la voix se pose parfois autrement; ce qui m’a amené de temps en temps à répéter des phrases Le point de départ était le rythme. Pour moi, ce n’est pas raté, si quelqu’un me dit: j’ai écouté l’album et je chemine dans les musiques, mais je ne sais pas ce que ça raconte. Ça raconte d’abord de la musique, des images.

Le mélange de genres et le côté plus pop, ou funk, cela correspond à vos propres goûts?

Je suis fan d’ESG depuis longtemps, de Talking Heads et de BAD (Big Audio Dynamite), ce groupe créé par Mick Jones - guitariste des Clash -, loufoque, créatif, où tout se mélangeait, s’entrechoquait. Une démarche complètement libre.

A bien y regarder, des thématiques comme l’immobilisme, l’attente, le mouvement, la volonté de bouger, la crainte du train-train, traversent l’album…

J’angoisserais de tourner en rond - particulièrement pour ce disque. J’adore le mot "mouvement", et le concept. Je me suis toujours dit qu’il ne fallait pas avoir les deux pieds dans le même plat, qu’il fallait sans cesse avancer. J’essaie d’être curieux. Sans pour autant avoir envie de casser ce que j’ai fait avant; je jette des ponts.

“Dis-moi encore que tu m’aimes”, c’est un clin d’œil à “Est-ce que tu m’aimes encore?” de Louise Attaque?

Oui, j’ai trouvé que ça créait une résonance, et je l’ai gardé. Du coup, je me suis dit que j’allais trouver plein d’autres manières de le décliner sur les prochains albums (sourire).

Sur le choix de Renee Scroggins, vous vous êtes juste fait plaisir…

Complètement. J’ai été jusqu’à Atlanta pour lui montrer ma vraie envie, et cela s’est bien passé. J’étais dans mes petits souliers, à lui faire écouter des maquettes. Je voulais qu’elle chante deux fois, pour qu’on soit au-delà du featuring (cela aurait dû être aussi le cas avec Gordon Gano, notez). Du coup, sa voix fait intimement partie du disque. "DYWD, Do You Wanna Dance", était vraiment fait pour elle.

Ces rencontres vous ont-elles donné envie de retravailler avec des musiciens américains?

Oui, car j’ai aussi rencontré Tim Goldsworthy, qui m’a ouvert la porte vers des musiciens new-yorkais. C’est un des intérêts du projet solo: en groupe, le casting est défini, même si quelques invités peuvent s’ajouter. Tandis que là, il y a, par exemple, différents batteurs, on toque à la porte de quelqu’un qui, lui, va vous amener des personnes qui ont une autre manière de jouer, etc. Tout cela est en mouvement. J’avais envie d’assumer le fait qu’en délibération, je me retrouvais tout seul. Si je ne voulais pas la mettre, la chanson, et bien je pouvais

“Ginger” a plusieurs significations: “gingembre”, “énergie” et “rouquin” – comme Roussel? A moins que ce soit un clin d’œil à la légendaire Ginger Rogers?

Oui, c’est tout ça à la fois! J’adore ce mot depuis longtemps, la façon dont il sonne. J’ai d’ailleurs failli le prendre comme pseudo. Et puis c’est vrai (sourire), je suis roux, enfin je l’étais à l’époque où j’avais des cheveux.

Sophie Lebrun

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