Musique / Festivals La nouvelle cheffe principale attitrée de l’ORW réussit superbement sa "Manon Lescaut".

Elle avait déjà fait forte impression l’hiver dernier en dirigeant, pour ses débuts à Liège, le très rare "Jérusalem" de Verdi. Mais on attendait Speranza Scapucci au tournant pour cette "Manon Lescaut" qui ouvre la saison de l’Opéra de Liège. Parce qu’elle porte désormais le titre de "chef principal attitré" (à féminiser ou pas ?) succédant à Paolo Arrivabeni à ce qui correspond de facto au poste de directeur musical de la maison. Et parce que le troisième opéra de Puccini, sans atteindre la même notoriété que "Bohème", "Tosca" ou "Turandot", fait malgré tout partie des grands opéras du répertoire, ceux que le public vient écouter avec quelques références dans les oreilles.

Et on n’est pas déçu. Dès les premières mesures, attaquées avec un bel allant, on sent une fluidité, un vrai sens théâtral, une façon de prendre le spectateur par la main pour lui raconter une histoire. L’orchestre semble sous le charme, et joue avec enthousiasme. La coordination entre fosse et plateau est excellente, et les chanteurs sont bien soutenus. Last but not least : même dans le fameux intermezzo instrumental qui précède le troisième acte, la cheffe italienne a l’élégance de ne pas en faire trop, de garder ce qu’il faut de pudeur pour ne pas verser dans le sentimentalisme facile.

Du grand art, qui laisse augurer d’un règne prometteur. Dans le rôle-titre, on apprécie la rondeur, l’intonation et la projection d’Anna Pirozzi. Son "Sola, perduta, abbandonata" du quatrième acte est l’apogée attendue de la soirée.

Marcello Giordani à la limite

On est moins convaincu par le Des Grieux de Marcello Giordani, ténor sicilien qui connut une belle carrière internationale voici quelques années mais semble ici aux limites de ses moyens quand il faut monter la puissance. Les deux premiers actes sont assez désastreux, entre justesse aléatoire, coups de glotte, portamenti douteux et manque de raffinement. Au troisième et au quatrième, la voix passe mieux quand le ténor peut chanter à un volume plus limité. La stature est belle, mais le jeu scénique manque plus d’une fois de naturel.

Bonne prestation de Ionut Pascu en Lescaut, belle découverte de Marco Ciaponi qui réussit à faire exister le petit rôle d’Edmondo, impeccables comprimari locaux (Alexise Yerna en Musicien et Patrick Delcour en Aubergiste puis Sergent), et vraie joie de retrouver un excellent Marcel Vanaud en Géronte.

Pour sa troisième version du roman de l’abbé Prévot (il y a eu avant Massenet puis Auber), Stefano Mazzonis signe une mise en scène sans surprise mais de belle tenue dans les beaux décors fin XIXe/début XXe de Jean-Guy Lecat. On peut une fois encore trouver que les postures de faux naturel qu’il fait prendre aux choristes quand ils ne chantent pas sonnent… faux, ou que les deux premiers actes se perdent parfois dans l’anecdotique, mais le directeur/metteur en scène sait raconter une histoire et caractériser ses personnages.Nicolas Blanmont

Liège, Théâtre Royal, les 22, 24, 28 (direct sur Culturebox) et 30 septembre; www.operaliege.be