Musique / Festivals

Dernier vendredi d’un avril qui n’a jamais autant justifié qu’on ne se découvre pas d’un fil. Il est d’un rien passé 18 h dans la grise capitale quand nous croisons backstage le frontman des Dandy et sa queue de cheval. Souriant comme jamais, Courtney Taylor-Taylor nous salue amicalement et tend hilare une carte de visite de la police fédérale en notre direction. Ladite estampillée d’un numéro de portable nerveusement griffonné. Vérification faite, il s’agissait en fait de celui d’un haut gradé de notre maréchaussée, fan du rockeur de Portland et de ses acolytes depuis les premiers riffs. "Ce gars nous suit depuis des années, il ne manque jamais une de nos dates dans le coin. Il était à Paris la dernière fois... Il est venu me filer son numéro, c’est drôle non ? Je vais le garder, ça peut toujours servir" , explique, fier comme un paon, notre interlocuteur.

Si les Dandy Warhols reviennent comme le printemps sur le Vieux Continent, c’est pour sabrer leur nouvelle plaque à l’européenne. Un petit huitième sorti cette semaine, intitulé "This Machine" et mixé par Tchad Blake (cf. "Come Down", "Odditorium or Warlords of Mars" et les deux derniers Black Keys), qui n’augure pas du meilleur aux premières écoutes. Mais, connaissant l’aisance des gaillards en live et demeurant - en dépit des écarts - fan de leurs facéties, nous avions décidé d’en être malgré tout à l’AB.

Taylor-Taylor, un peu déphasé-déphasé, nous enjoint à le suivre dare-dare jusqu’aux loges pour l’interview. Quatre mètres carrés, un divan, une chaise et un patient qui s’allonge d’entrée, tout semble en place pour une petite séance de psy improvisée. Sondons d’abord la forme et l’humeur de l’équipe auprès du capitaine. "Le groupe est super excité, je dois dire qu’on est vraiment gonflés à bloc en ce moment. Les derniers événements sont enthousiasmants, les choses se font d’elles-mêmes, chacun est à sa place, nos relations avec le label n’ont jamais été aussi bonnes..." Car, jadis, la bande à Courtney connut bien souvent des différends avec la hiérarchie. "Nous n’avons eu que des emmerdes avec ces gens-là. Constamment ! On a souvent dû se battre avec des personnes qui se ferment totalement dès qu’on leur dit non... Aujourd’hui, le ton a changé ", conclut-il d’un air satisfait.

Profitant de cette onde positive, nous tentons la question qui fâche. Mais façon euphémisme, paraphrasant nos collègues optimistes qui voient en "This Machine" le meilleur travail des Dandy depuis "13 Tales from Urban Bohemia", signifiant notre étonnement à les lire, et demandant à mi-mot son avis au principal intéressé... Qui réagit comme suit : "On a effectivement entendu cela... Certains vont jusqu’à dire que c’est le meilleur album de notre discographie. Et je dois avouer que c’est un peu le sentiment qu’a aussi le groupe aujourd’hui. C’est dans l’air... Mais peut-être pas d’ici deux ou trois ans, qui sait ? Tu y reviens et tu n’es plus si sûr en réécoutant. Nos disques sont trop différents pour être comparés à mon sens." Le dernier nous a en tout cas laissé de marbre et cette langue qui répond semble de bois. Un peu d’autocritique eut été appréciée. Rappelons donc si besoin à notre hôte le caractère sacré du cabinet et le secret de la confession, même intime.

Au-delà des guitares, du rock et du romantisme haute-tension, parlons politique. Ou plutôt n’en parlons pas. Car le huitième album des Dandy est un clin d’œil à la gratte de Woody Guthrie et son slogan révolutionnaire, "This Machine Kills Fascists". Engagé le Courtney ? "Je suis bien trop timide pour parler idéologie... En fait, Bob Dylan avait un sticker sur sa guitare qui disait juste ‘This Machine Kills’. Il avait enlevé la partie ‘Fascists’ de Woody. Du coup, j’ai collé le même sur la mienne. Et j’ai arraché le ‘Kills’ de Bob. Ça fait dix ans que c’est écrit sur ma gratte. Soudain, ça coulait de source de titrer cet album de la sorte."

Après les mots de leur leader et une collation sommaire, nous avions encore rendez-vous avec les notes des Dandy Warhols. Et leur bon état de forme annoncé n’était pas du chiqué. Une heure et demi durant, le quatuor nous a baladés des nineties aux années 2000 au fil de leurs hymnes les plus populaires. Une prestation best-of électrique et je-m’en-foutiste comme on l’aime, ponctuée bon gré mal gré de récentes compos dont la déclinaison sur scène ne nous a pas plus excité que leurs versions studio. Qu’importe, on aura transpiré et balancé nos bières. Ces Dandy décadents dézinguent, certaines choses ne changent pas.