Sébastien Tellier: "Y'a beaucoup de barbus"

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Musique / Festivals

Si dans la plaine du festival les coloris sont plus foncés, ce vendredi dès 21h, le ciel est devenu bleu en dépit de l'obscurité. Sébastien Tellier a déversé sur Dour et la Club Circuit Marquee son électro-pop sensuelle et bleutée. "La barbe, pour le côté mystérieux, les cheveux longs pour le côté féminin, les lunettes noires pour le côté sophistiqué", c'est ainsi que se décrit lui-même cet OVNI français. Tête d'affiche de cette seconde journée à Dour, le gourou de l'électro hexagonale déambule en backstage dans sa veste à paillettes et prêche ci et là la bonne parole de son récent "My God is Blue". Un rêve mélodique éveillé, fantasque, drôle, sensuel, kitsch, délicieusement pop et complètement déjanté. Et un artiste très haut perché, qu'on est parvenu à garder au sol quinze minutes pour un rien discuter en exclusivité.

Ce Dour Festival vous donne-t-il des envies de bains de boue? Plutôt l'envie de rester cloîtré dans le bus, bien au chaud, dans ma petite couchette... Par contre, c'est affolant, il y a énormément de barbus. C'est un festival un peu violent, je l'ignorais. J'espère qu'ils vont bien m'aimer, parce que moi je fais de la musique douce.

Vendez-moi votre nouvelle religion

Ce que je crée n'est pas une religion. Certes, mon album se nomme "My God is Blue", mais c'est davantage un album sur la foi. La nuance bleue, que j'initie en prolongement de ce disque, est un mouvement où chacun peut venir avec son propre dieu. Celui que j'ai choisi est bleu. Mais on n'est même pas obligé de choisir ou de croire en un dieu. Ce qui est important, c'est de parvenir à avoir la foi en quelque chose de grand, de supérieur, qui n'existe pas vraiment. C'est un des piliers du bonheur. Je le sais d'expérience... Ce qui compte, pour être heureux, c'est de savoir garder une âme d'enfant. Bannir la lassitude, être en état de découvertes permanent. La foi permet ainsi de ne pas se lasser. C'est inexplicable, c'est la foi, c'est comme ça (...)

Le Bleu? Celui des garçons, des débutants, des amoureux?

En Allemagne, bleu, ça veut dire bourré. Pour les Américains, c'est la couleur de la tristesse aussi (...) Je n'ai pas cherché un sens au bleu, ni fait de recherches pour savoir qui avait utilisé le mot bleu. Si ce n'est ceux de Christophe bien sûr... Il se trouve que j'avais envie de faire un album spirituel. Pour ce faire, je me suis rendu chez un shaman à Los Angeles. J'y ai bu des potions magiques, et j'ai eu une transe bleue. Dans laquelle tout était bleu. C'était fabuleux. Quand je suis rentré en France et que j'ai repris le piano, j'ai repensé à cet épisode en jouant. Tout était animé de bleu, j'étais entouré de vérités bleues. Ça a donné "My God is Blue".

Après "Sexuality" (2008), c'est un nouvel opus sexy lui aussi

Ça me fait plaisir de l'entendre. Parce qu'en définitive, ce qui m'intéresse c'est la musique sensuelle. Quelque soit le sujet de la chanson finalement, il faut juste que la musique reste attirante. Prenons comme exemple Brassens... Ce bon vieux Georges... Ces textes sont à n'en pas douter très bien écrits, c'est évident, mais la musique qui les supporte est tellement peu sexuelle qu'il m'est impossible d'écouter ça chez moi. Je reconnais le talent de cet artiste, mais je ne peux pas le consommer. Il en va ainsi de mes goûts en chanson française. J'aime les artistes sexy, comme Michel Polnareff, Christophe ou Serge Gainsbourg...

Plus contemporain: Biolay? (long râle/soupir) Disons que ce n'est pas mon genre de sexualité.

Période bleue donc. Peut-on en imaginer d'autres, à la manière de Picasso?

Je ne pense pas. Après "My God is Blue", ce serait dommage de faire un truc, je sais pas, sur le marron par exemple... À 20 ans, j'ai écrit l'histoire de ma vie artistique. J'ai dressé une liste d'albums que je rêvais de faire et je m'en tiens à cette liste. Mais je ne peux pas parler de la suite.

C'est drôle, autant votre musique est empreinte de modernité, autant vous semblez né à la mauvaise époque

Un peu... J'ai beaucoup l'âme des années soixante-dix. Aussi, parce ce que je suis né en soixante-quinze et que je reste accroché à la musique de mon enfance. Musicalement, j'arrive à tout changer chez moi, sauf ça. Il n'y a rien à faire, il y a toujours un petit quelque chose qui me rattache à cela. Pourtant, j'aimerai tellement me libérer de ma prison génétique. Me libérer de prisons du passé... Mais c'est trop dur. On ne peut pas oublier ses parents, ni faire abstraction de sa culture. On ne peut nier d'où on vient. C'est comme ça, je vivrai toute ma vie en 1975.

Pensez-vous avoir un destin d'icône?

J'ai grandi dans une banlieue où toutes les maisons étaient identiques. Un cité, un cadre d'une immense banalité. Cela m'a donné envie d'être unique. Je ne pouvais concevoir, même tout jeune, d'être un anonyme. Pour moi, c'était impossible. Ça m'a donné envie de faire quelque chose de ma vie. J'ai sans doute un ego surdimensionné. J'estime qu'un artiste est sensé incarner sa musique. J'essaie de ressembler à la mienne. Je ne suis ni Madonna, ni Coca-Cola. Disons une icône en devenir. Une petite icônette.

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