Sensualité électro et spiritualité xhosa : la délicate synthèse de Nakhane (CRITIQUE) ***

Colin Gruel (St.) Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

La religion protestante, Nakhane lui a tourné le dos. Elle ne pouvait l'accepter en tant qu'homosexuel : il ne pouvait y rester. Pour autant, le jeune sudafricain exilé à Londres ne renie rien de ses origines et des traditions dans lesquelles il a baigné. Ces traditions, ce sont celles de l'ethnie xhosa, la même que Nelson Mandela ou Miriam Makeba, mais aussi celles de la religion protestante, à laquelle il revient.

Entre l'héritage gospel protestant...

En témoigne la chanson introductive, Violent measures, une montée en puissance aérienne, où les voix planantes résonnent comme dans une église. Dès les premières notes de son nouvel album, You will not die, Nakhane invite à s'abandonner à la spiritualité du gospel qui nous envahit doucement comme une caresse.

On y entend une naissance, ou une renaissance. Celle d'un homme qui peut enfin s'assumer tel qu'il est, dans toute sa féminité, débarrassé de la chape de plomb qui l'empêchait de sortir du placard. Dans le magnifique mélange de voix et de piano, héritage du chant choral qu'il a écouté et pratiqué pendant toute son enfance, les guitares et les percussions très électroniques viennent soutenir l'ensemble. Pendant quatre minutes, l'atmosphère se fait brumeuse, le temps est suspendu.

© NAKHANE (D.R.)

Dans You will not die, la chanson qui donne son nom à l'album et sonne comme une promesse intenable, la solennité s'invite sans qu'on s'y attende vraiment. Puis se mue en mélancolie quand la voix perçante de Nakhane s'élève en complainte au milieu d'une valse jouée au piano. Bientôt les instruments à vent et cordes s'en mêlent, soutenus par des chœurs bouleversants.

Alors que la mélancolie a envahi l'album et qu You will not die nous laisse avec une impression de froid dans le dos, on s'attend à un retour en force des percussions électroniques. Pourtant, Presbyteria commence sur un simple accord de piano. Nakhane veut-il nous condamner à la détresse ? Cette chanson est en fait son plus bel hommage à ses origines.

« Black and white never looked so good », répète-t-il obstinément. Derrière le message cosmopolite, il faut lire un hommage religieux, qu'il explique sur sa page Facebook : « C'est une référence à l'église presbytérienne où je suis né. L'uniforme presbytérien était noir et blanc ». Ainsi le refrain de Presbyteria prend-il tout son sens. Nakhane dit son amour à l'Église, avec laquelle il était certes en contradiction, mais qui l'a aussi vu grandir.

...Et la modernité électro débridée.

Trouvant l'équilibre parfait entre modernité et tradition, Nakhane varie les rythmes, les tons, les couleurs. Rapidement, l'album prend de la vitesse. Clairvoyant est un petit bijou d'électro pop. Nakhane ne s'y refuse aucune sonorité futuriste, aucun beat agressif. Dans le clip qui vient illustrer cette banale histoire de cœur, entre grand amour et lassante routine, Nakhane ne se refuse rien non plus. Les images montrent un couple d'hommes dans leur quotidien : chez eux, dans leur lit, dans leur bain…


Provocation ? Nakhane incarne également le premier rôle du film Les initiés, qui raconte une romance gay pendant un rite d'initiation viril xhosa. Quand il est censuré en Afrique du Sud, ses détracteurs fustigent le fait de représenter à l'écran ce rite traditionnel qui doit rester secret, mais en rien l'intrigue homosexuelle.

Maîtrisant aussi bien l'électro pop que le rock, le chanteur se balade et nous balade. Dans l'entraînant Star Red, il réconcilie le gospel avec une rythmique résolument moderne, réconciliation dans laquelle s'invite des arpèges folk à la guitare, et puis une batterie joyeusement sautillante. Mais tout est maîtrisé pour ne pas donner une impression de fourre-tout.

La délicate synthèse de Nakhane fonctionne parfaitement et le charme opère, dans un ensemble cohérent. Explorant les frontières de la soul et du rock, en y amenant ses influences, de David Bowie à Marvin Gaye, le jeune sudafricain crée son propre style, unique et efficace.



Colin Gruel (St.)

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