Musique / Festivals

Si ce n'est pas une tradition, c'est en train de le devenir. Depuis 2004, le 21 juin, jour officiel de la "Fête de la musique", est la date à laquelle sont remis les Octaves de la musique de la Communauté française. Reflet de la créativité musicale en tous genres, en Wallonie et à Bruxelles, le palmarès comporte déjà des noms aussi prestigieux que Ghinzu, Vincent Venet, Eric Legnini ou encore Toots Thielemans. L'année dernière, le grand Saule en était sorti grand vainqueur avec deux Octaves sous les bras.

Pour qui allait chanter l'oiseau, qui a prêté sa forme aux statuettes de récompense sculptées par Jean Coenen, cette année ? Pour le savoir, il fallait se rendre au Wolubilis et se mêler aux "professionnels de la profession" qui, pour une fois sagement assis, s'étaient donné rendez-vous jeudi soir.

Désignés "Artiste pop-rock" et "Album de l'année" pour "Molécule", les trois gaillards de Sharko font figure de grands vainqueurs de l'édition 2007. Avec Mud Flow, Joshua ou encore Marc Moulin comme concurrents, cela n'était pourtant pas joué d'avance. Finalement, seule Maurane a pu leur faire barrage lorsqu'il a fallu désigner l'Artiste de l'année. Curieusement, elle ne figurait pourtant pas dans la liste des nommés pour l'album de l'année ou pour la chanson française. Les voies des jurys sont parfois impénétrables. Tant mieux pour le touchant Sacha Toorop, lauréat dans la catégorie chanson française. Timide, comme à son habitude, il en a profité pour s'installer au piano et chanter "Ici l'exil", une complainte contenant des mots en flamand. Un rien iconoclaste, l'ami Sacha ?

Toujours au piano, le jazzman Eric Legnini n'a pas réussi à conserver son Octave qui vola cette année vers Mélanie De Biasio, présentée de manière réductrice comme "la Norah Jone belge" alors que c'est plutôt la douce sensualité de Nina Simone qu'elle évoquait sur scène, accompagnée de Steve Houben au saxo. Le jury jazz a également tenu à rendre hommage à Sadi, pionnier belge du be-bop dont la carrière internationale est résumée dans un album récent, "Sadi's greatest arrangements - Flagey nine thirty a.m.", d'ailleurs retenu dans la liste des albums de l'année.

Une parenthèse qui permet d'évoquer une des limites de ce type de cérémonie : comment comparer des spectacles aussi différents que ceux de Zoé, la gagnante de cette catégorie, Pélléas & Mélisande ou Montevideo, "de la dance qui déménage" selon les présentateurs, ce qui engendra quelques pouffements de rire. La même remarque peut s'appliquer à d'autres catégories un peu trop fourre-tout.

Soit, restons positifs. En saluant, par exemple, l'octave "Classique" gagné par le Choeur de Chambre de Namur, ou encore le prix du public Bel-RTL remporté par Gene Thomas, un artiste du Nord du pays. Même que cela ne s'entend pas quand il chante comme Gérald De Palmas.

Il nous faut encore évoquer, last but not least, l'Octave d'honneur. Paul Louka, président de l'ASBL "Les Octaves de la musique" n'a pas eu besoin de le nommer lors de son petit discours d'hommage. Tout le monde a vite compris que Pierre Rapsat était mis à l'honneur. Ce qui donna l'occasion à Sacha Toorop et Perry Rose de reprendre "C'est toujours un mystère" alors que la fin du spectacle vit ces deux-là remettre le couvert, en compagnie de Saule, Mario de Machiavel, et Vincent Delbushaye y aller d'un "Les rêves sont en nous" à l'image de la cérémonie : bon esprit mais semblant manquer un peu de préparation.

© La Libre Belgique 2007