Singing Mozart in the rain

Nicolas Blanmont Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals Envoyé spécial à Verbier

On ne connaît pas de chanteur d’opéra plus drôle. On en connaît peu de plus attachants. Quand les cieux se déchaînent au-dessus de Verbier et que le bruit conjugué du tonnerre et d’une pluie battante contraignent Marc Minkowski à interrompre l’air de Mozart "Va dal furor portata", Rolando Villazón mime d’abord l’ouverture d’un parapluie. Puis esquisse une brasse prudente. Enfin, devant une salle qui s’esclaffe de plus en plus, feint de se laver les cheveux et le reste du corps sous la douche. Qui oserait encore, après cela, émettre quelque réserve sur l’interprétation par le ténor mexicain des deux airs de Don Ottavio dans "Don Giovanni" et de trois airs de concert ?

On sait que Villazón a, à plusieurs reprises ces dernières années, connu des problèmes de santé vocale qui ont entraîné annulations et éloignement des scènes. On a remarqué aussi qu’il a fait, non sans talent, ses premiers pas comme metteur en scène. Et Deutsche Grammophon, sa firme de disques, annonce un projet d’enregistrer autour de lui de nouvelles versions des grands opéras de Mozart. De là à dire qu’il y a une stratégie concertée de recycler celui qu’on avait un peu trop vite vendu comme le nouveau Placido Domingo dans le registre, en principe moins exposé, de l’opéra mozartien, il n’y a qu’un pas qu’on est tenté de franchir. Sans être pleinement convaincu par le résultat.

Car, sans même parler de sa tendance constante à surjouer tous ses personnages (mieux vaut l’écouter les yeux fermés), le bel hidalgo pèche non seulement par le style, mais aussi parfois par la technique. Le délicat "Il mio tesoro" exécuté à toute allure dans un style quasi-vériste, le raffiné "Dalla sua pace" chanté à tue-tête et sans nuances, avec en plus des aigus parfois tendus et détimbrés (après l’interruption de l’orage, Villazón le bissera d’ailleurs, sans doute conscient des trop nombreuses imperfections de sa première interprétation). Les airs de concert (outre "Va dal furor portata", "Aura che intorno sospiri" et "Con ossequio, con rispetto") paraissent moins éloignés de l’idéal mozartien, sans toutefois emporter vraiment la conviction.

A la tête de l’Orchestre de chambre du Festival (voir ci-dessous), Marc Minkowski aura quant à lui livré un parcours sans faute. Défricheur comme tout baroqueux qui se respecte, en proposant en lever de rideau la très rare deuxième symphonie de Kurt Weil, donnée avec humour et couleurs même si l’on ne se précipitera pas pour retrouver au disque une œuvre dont les quelques idées semblent parfois tirées en longueur. Accompagnateur fidèle et soutenant pour des Mozart dont on devine qu’ils ne répondent pas à son esthétique. Et enfin démiurge dans une huitième de Beethoven aux tempi haletants, tour à tour passionnée et ludique.

Le lendemain, il revenait à l’Orchestre du Festival de Verbier de clore l’édition 2012. Sous la baguette experte de Manfred Honeck - ancien violoniste du Philharmonique de Vienne s’inscrivant dans la tradition des meilleurs Kapellemeister - ils jouèrent une pétillante ouverture de la Chauve-souris et une quatrième symphonie de Brahms admirable de texture et de solidité. Et accompagnèrent, dans le trop rare concerto de Korngold, Leonidas Kavakos : la prestation du violoniste grec (cheveux longs tombant sur les épaules, demi-barbe et costume destructuré, il semble sorti de la pochette de "Sergent Pepper’s") déçut toutefois quelque peu, sans doute par un louable souci de sobriété tournant à l’excès pour une musique qui appelle plus de venin et plus d’incandescence.

Nicolas Blanmont

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