Somi : voix sublime, citoyenne d'Afrique

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals

"Je viens de partout et nulle part" nous lance Somi avec une joie communicative. À 37 ans, la chanteuse de soul-jazz née aux Etats-Unis de parents rwandais et ougandais, célèbre le succès de son sixième album avec une nouvelle tournée européenne, qui passera par Bruxelles ce samedi soir à Flagey.

Sur "Petite Afrique" comme ses prédécesseurs, Somi chante sa multiculturalité, ses racines, cette "culture noire" qu'elle est elle-même allée découvrir et enregistrer dans les rues du Nigeria, de la Tanzanie et du Kenya. Rencontre charmante avec cette afro-américaine revendiquée, dotée d'une exceptionnelle douceur musicale.

Vos racines, votre africanité sont omniprésentes dans votre musique, vos interviews, votre univers… Est-ce voulu ou une image avec laquelle vous avez dû composer ?

C'est totalement voulu et assumé, quelque chose que je veux absolument mettre en avant. Mes parents m'ont légué une vraie fierté de l'africanité. Je suis américaine, j'ai grandi à New York, mais je suis fière de mes racines rwandaises et ougandaises. Cet accès à trois cultures, trois portes d'accès à mon histoire personnelle, c'est le cadeau que mes parents m'ont légué. En tant qu'artiste, chanteuse et compositrice, j'essaie de faire ressortir cette diversité. Je vois la multiculturalité comme une conversation entre les lieux et les cultures, et je me demande encore comment parvenir à écrire quelque chose qui puisse faire ressortir tous ces éléments à la fois (rires). Un morceau qui puisse faire ressentir le fait de chanter, vivre et respirer à travers toutes ces racines culturelles. 

Vous êtes née aux Etats-Unis, quelle relation avez-vous entretenue avec l'Afrique ?

J'ai passé une partie de mon enfance en Afrique (en Zambie et au Kenya, NdlR). Aux Etats-Unis, je vivais également dans une vraie "maison à l'africaine", le continent était partout. Ma relation avec l'Afrique a donc été constante. J'ai toujours voulu chanter, mais je n'avais pas vraiment d'artistes autour de moi, ce qui me rendait sans doute plus hésitante, et le déclic - lui aussi - est venu d'Afrique. Je suis allé passer du temps au Kenya et en Tanzanie après le lycée. Pour la première fois de mon existence, je me retrouvais sur le continent en tant qu'adulte. Après un an et demi, j'ai ressenti au fond de moi: "Ca y est, je sais exactement d'où je viens, qui je suis". C'est cette prise de conscience identitaire qui m'a permis de réaliser dans la foulée, que j'étais destinée à la musique. La seule question qui demeurait étant : comment vais-je décrire tout cela ?

Comment tous ces éléments se retrouvent-ils dans votre musique, justement ?

J'ai étudié l'anthropologie, mon approche musicale s'est donc fort orientée vers ce domaine. Tout ce que je vois et ressens se retrouve dans ma musique. Lorsque j'ai vécu au Nigéria, de 2012 à 2014, l'excitation de me retrouver dans un nouvel endroit m'a donné envie de m'imprégner totalement de cette culture. J'ai commencé à enregistrer des sons dans la rue, l'aéroport, à proximité de l'océan, et tout cela s'est retrouvé d'une façon ou d'une autre dans ma musique. Mon dernier album, "Petite Afrique" (2017, Okeh Records, NdlR), lui, a été inspiré par la population afro-américaine de Harlem où je vis aujourd'hui. La communauté noire, qui a pratiquement toujours vécu ici, est menacée par la gentrification aujourd'hui, je voulais lui donner une voix et j'ai commencé par interviewer les chauffeurs de taxis du quartier qui avaient tous des histoires à raconter. Tout cela aussi, s'est retrouvé dans mes morceaux. Ce qui m'intéresse, c'est de raconter des histoires noires du monde entier, qu'elles viennent d'Afrique ou de la diaspora.


Comment cela se retrouve-t-il dans la musique qui vous accompagne ?

Disons qu'on retrouve un mélange d'influences : du jazz, de la soul, de la musique africaine. Le jazz décrit d'ailleurs parfaitement mon mode de vie : l'improvisation et l'adaptation. 

Est-ce que le simple fait de parler de musique noire, de voix noire ou encore de  jazz noir n'est pas encore lié à une approche raciste ?

Je vois ce que vous voulez dire, on ne se sent obligé de préciser ce genre de chose que lorsqu'il s'agit de personnes ou d'artistes non-occidentaux. Je suis d'accord avec vous, mais personnellement, je vois les choses différemment : je suis ce que je suis et je veux le revendiquer. Alors ces racines africaines sont mentionnées partout dans ma bio. On voit beaucoup plus le racisme aujourd'hui, mais je préfère voir le diable en face, voir exactement où se situent les gens, que d'avoir affaire à un subterfuge. 


Valentin Dauchot

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