Musique / Festivals

Le rideau est tombé. La dernière page se tourne. La 17e édition des Francofolies a tiré sa révérence. Selon les organisateurs, 175 000 Francofous ont foulé le site spadois, sur cinq jours. Une machine bien huilée qui s’est clôturée en beauté, hier soir, avec trois chanteurs de talent, qui se sont succédé sur la scène Pierre Rapsat.

En ouverture, Monsieur Dupont, alias Manu Champagne, chemise et chapeau rose, peine à faire décoller l’ambiance, malgré un joli duo avec Auryn et de louables efforts : le journaliste de la RTBF se jette dans le public, se jette dans les enceintes. Sincérité et énergie sont là, mais le public attend Marc Lavoine et Christophe Willem, les deux stars de la soirée, aux univers opposés. 20 h 30, la foule devient compacte. "Je l’aimais tant, je l’aimais tant, rue des Acacias " Marc Lavoine est là, simple et généreux. Belle gueule, belle voix, il alterne les tubes ("Je me sens tout seul", "Je ne veux qu’elle") et les nouvelles compositions. Sur la Grand-Place de Spa, le sourire désarmant du crooner annonce une bonne soirée

Plus tôt dans la journée, dans le village Francofou, malgré les cernes sous les yeux, les jambes qui se font lourdes, les têtes parfois creuses, les festivaliers s’en sont mis plein les oreilles, une dernière fois. Les premiers arrivés ont pu voir rejouer la pop rock aux accents folk des Bruxellois de Folks Divine, premier prix des Franc’off 2010. Une découverte dont on reparlera, c’est sûr.

Zoom obligé, ensuite, sur Tricia Foster, radieuse dans sa robe noire à volants, entre candeur et malice. La Canadienne, dont le premier album remonte à 2004, fait craquer d’emblée, avec son accent chantant, comme une poésie Sur des sons rock, pop, jazz, soul, elle chante à contre-courant, dénonçant tour à tour, et avec humour, l’écologie, la politique, le business musical, les vices de la société, tout comme ces petites choses de la vie. "Je vais vous écrire un refrain qui ressemble à tous les autres, un refrain qui ne vous dira pas grand-chose", assène-t-elle, comme une rengaine, en modifiant sa voix, à chaque salve. Elle est volubile, Tricia, elle aime parler, se raconter, se confier C’est touchant et drôle.

Plus loin, dans le parc, l’ovni belge Jean-Pierre Froidebise déverse un rock blues pur et dur qui a laissé de marbre la jeune génération, mais qui semble avoir ravi les quinquas de la première heure. Un peu plus tard, c’est à l’unisson que les festivaliers accueillent les riffs de guitare du groupe Atomique Deluxe, tout juste de retour d’une tournée en France. Voilà une rafale de petites bombes rock à l’humour noir qui ont touché en plein cœur. Les artistes ont notamment jeté dans l’arène, en même temps que des préservatifs, leur morceau "On a tous besoin de latex" (en précisant "qu’il ne fallait pas les consommer tout de suite !").

En début de soirée, c’est Nolwenn Leroy qui a pris le relais, dans un Dôme plein à craquer. Un concert tout en intimité, qui a largement égrené son nouvel album "Cheshire Cat&Moi". Sur scène, une Nolwenn Leroy charmeuse, charmante et très confidentielle, presque timide. Mais visiblement comblée "On peut parfois comprendre quelqu’un, rien que par le regard", souffle-t-elle. "C’est un peu ce que je ressens ce soir avec vous : une pleine communication." On regrette peut-être quelques creux dans le tempo mais dans l’ensemble, la prestation est délicate. Ci et là, elle a offert de jolis morceaux réarrangés : un puissant "Cassé" trash-électrique et un très rythmé "Nolwenn ohwo/Je ne me prends pas pour une reine".

La reine du rock, elle, était bien là et c’est une belle surprise de ce dernier jour : Lio, avec son groupe éphémère Phantom Feat. Lio, tout droit sorti des entrailles liégeoises. On l’attendait pourtant au tournant Derrière le projet, on retrouve Benjamin Schoon (de Miam Monster Miam), polyvalent sur scène, qui a su mettre en évidence les atouts (un peu rouillés ?) de l’ex-punkette. Une musique bien balancée, des textes accrocheurs et une Lio déchaînée. Bref, un détonateur d’ambiance. Rapidement, elle a décroché le cœur du public, malgré quelques fausses notes et une voix parfois proche de l’hystérie

Sur la grande scène du village, en début de soirée, Thomas Fersen n’a lui non plus pas eu grande peine à rassembler la foule. Le poète accompli a multiplié ses fables et ses récits prenants. Plus tard, dans la soirée, K’s Choice et Puggy devaient surfer sur la même vague de succès Ce matin, Spa a encore la tête qui tourne !

J. G. et S. Lou.