Stijn, simple et funky

LAURENT HOEBRECHTS Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

ENTRETIEN

Trop de disques tue les disques. Chacun son histoire, ses arguments pour convaincre et forcer la porte d'entrée. A partir de là, l'album de Stijn fait du bien. Une des révélations belges de l'année, dit-on. Certes. Mais le plus simple est encore de se contenter d'écrire qu'«Euphoric» est un disque frais, electro et funky à la fois, et surtout complètement décomplexé. La preuve avec une discussion en toute décontraction.

Le funk d'«Euphoric» va souvent pêcher ses sons dans le début des années 80.

J'étais gamin à ce moment-là (Ndr: Stijn est né en 1976). Mais ce sont des sons qui m'ont marqué. J'ai acheté pas mal d'instruments de cette époque: les premières boîtes à rythmes, les TR-808 ou 909, sorties en 1980... ce sont des inventions géniales. En fait, l'un des premiers disques que j'ai achetés fut «Sign O the Times» de Prince. Plus tard, on m'a offert la BO de «Batman», et c'était parti. Je suis complètement tombé dedans. Quand je l'ai vu sur scène pour la première fois, ce fut une révélation. Par après, je l'ai vu plus de 40 fois dans toute l'Europe.

Prince ou d'autres comme Clinton ou James Brown ont souvent fonctionné avec des grosses formations. Vous travaillez par contre tout seul, y compris sur scène.

Oui, mais les plus grands tubes de Prince sont très simples. Sur «Kiss», il n'y a pas énormément d'instruments, même pas une basse. J'ai beaucoup écouté Sly & the Family Stone, Stevie Wonder... Je voulais comprendre comment fonctionnait le funk. Au final, j'aime bien me référer à Miles Davis, qui disait qu'il faut faire respirer la musique, lui laisser de l'espace.

La biographie envoyée aux journalistes livre aussi le nom de Charles Trénet (!) dans la liste de vos influences. A quel degré faut-il le prendre?

C'est très sérieux. Mon père collectionne les 78 tours. On a donc pas mal écouté «La mer», «Boum»,... J'aime ce côté joyeux, léger. C'est aussi ce qui me plaît chez Frank Zappa, par exemple: c'est rock, c'est jazz, c'est expérimental, mais on y trouve énormément d'humour! J'ai étudié le cinéma, joué au théâtre, aujourd'hui je fais de la musique. Mais mon premier choix en fait, c'est de m'amuser...

Outre l'anglais, certains titres sont chantés en néerlandais, en français... Pour créer le décalage?

C'est quelque chose de très belge en fait. Le Belge est connu pour parler plusieurs langues. Dès qu'il part en vacances en Espagne, il achète un dictionnaire et fait l'effort de parler la langue. Au-delà, il existe certaines expressions qui ne fonctionnent que dans une langue. Un titre comme «Carrément gratuit» devait être chanté en français. Même chose pour «Wiezeddegij?». Quand vous venez d'Anvers, où j'ai habité pendant 26 ans, vous comprenez tout de suite de quoi il s'agit.

Il est souvent question de sexe dans les chansons d'«Euphoric» («Sexjunkie», «POMM» pour «Pussy on my mind»). Est-ce un thème imposé au «format» funk?

Il ne lui est pas réservé. Mais c'est clair que les deux vont bien ensemble: il ne faut pas forcer cette musique, elle fonctionne en partie là-dessus. De ce point de vue, il vaut d'ailleurs mieux que je ne sois pas plus grand et musclé (rires). Sinon, cela sonnerait directement beaucoup plus macho.

«Euphoric» fonctionne avec des morceaux très chauds, très dansants. Mais aussi sur des choses plus bizarres. «Goldmine» par exemple fait penser aux expérimentations de Super Collider.

C'était important d'avoir un équilibre entre les deux: entre des choses légères et d'autres plus fouillées. Il ne faut pas avoir peur de mélanger les genres. Récemment, par exemple, j'ai joué à Berlin dans un club pour un public assez branché. Mais l'année passée, j'ai aussi donné un concert à Wevelgem devant des grands-mères. Pourquoi pas? Je ne veux me priver d'aucun public. Il ne faut pas sous-estimer les gens et réexpliquer qu'il est normal d'aimer Justin Timberlake et Richard Wagner. Ce n'est pas incompatible. On a trop tendance à tout segmenter. Je ne comprends pas un terme comme «multimédia», par exemple. Un opéra, par exemple, ce n'est rien d'autre: il y a des éléments théâtraux, musicaux, picturaux aussi...

© La Libre Belgique 2004





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