Musique / Festivals

Stromae n’a pas perdu la tête après le succès fulgurant de son premier album, Cheese . Le sourire, il peut le garder, Paul Van Haver. Il a réussi son challenge, a rempli le contrat implicite qui le lie depuis presque 4 ans avec un large public. "Je voulais essayer de me renouveler avec cet album, sans passer pour autant du tout au tout. Mais la reprise a été dure. Je suis resté deux ans sans faire de musique. Tu penses alors, comme un mec gâté, que tu vas faire un album en une nuit !", retranscrivent nos confrères de La Dernière Heure qui ont assisté à la conférence de presse organisée par Stromae. 

Cela aura pris plus de temps. Finalement, Stromae a géré la pression, a accepté de "lâcher le bébé. Je me disais : allez Monsieur, poussez, poussez ! ". Il n’a que 28 ans et beaucoup voient en lui un digne héritier du grand Jacques Brel. Le compliment gêne un peu ce garçon longiligne aux chemises rétro et à la bouille de poupin. "C’est un super-compliment. C’est difficile de se comparer à une légende. Je le vois plus comme un professeur."

Alors que sa musique, elle, ne pourrait guère s’éloigner plus de l’air de Ces gens-là , influence marquante du jeune maestro. " Je ne voulais pas faire un album de World Music et perdre l’électro. J’ai mis de la rumba aussi, du hip-hop. Des musiques qui n’ont pas l’air de se mettre dans la même casserole. C’est un challenge de mélanger."

Et d’y ajouter des textes en décalage avec des tempos dansants ? "Les textes, c’est moindre pour moi. C’est la musique qui guide tout. Écrire les paroles, ce n’est pas aussi ludique que faire de la musique. C’est plus rude pour moi." Fausse modestie ? Ou recul certain sur un métier quelque peu… futile. "C’est vrai, on fait des trucs qui ne servent à rien !", dit-il, provoquant quelques rictus.

C’est que le petit génie est drôle. Contrairement à l’humeur de ses textes. Il nous l’accorde. "J’ai une fâcheuse tendance à parler de sujets pas chouettes à aborder. Comme je suis timide dans la vraie vie, ça me permet de me libérer de mes peurs. On a une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes aujourd’hui. On ne se demande plus si on aura le cancer, mais quand !"

Une ambiance morose détectée dans le pourtant up-tempo Papaoutai . Un premier extrait inspiré par ce père "coureur et dragueur. J’ai appris bien après que j’avais des demi-frères et des demi-sœurs. Il était architecte et faisait des allers-retours entre la Belgique et le Rwanda. J’ai dû le voir vingt fois dans ma vie et il est mort pendant le génocide rwandais. Mais il avait déjà disparu pour moi". Une leçon de vie qu’il aura retenue. Avant d’en dispenser à son tour plusieurs, au travers de sa musique.