Musique / Festivals

Quel est le point commun entre Nick Cave, Christophe Willem, Stevie Wonder et Bill Cosby ? Ils ont tous interprété le titre "Sunny". Pour cette dernière galette d’été, ce n’est pas d’un disque ensoleillé que nous vous parlerons, mais seulement d’une chanson. Non des moindres pourtant, puisqu’en plus d’être de saison, celle-ci en porte le nom.

Il est de ces morceaux que l’on connaît sans le savoir, tellement diffusés ou repris que tous en connaissent l’air, bien que rares sont ceux à pouvoir citer son auteur. "Sunny" en est, à n’en pas douter. Des prémices des musiques populaires à aujourd’hui, il est parmi les plus fréquemment joués et le plus souvent enregistrés. C’est un dénommé Bobby Hebb (notre photo) qui fut l’auteur de cette chanson devenue tube éternel. Nés de parents musiciens et aveugles, le jeune homme alors âgé de 3 ans et Harold, son aîné de six printemps, avaient monté un tour de chant en duo. Très proches, les deux frères nourrirent des rêves de carrière durant des années. Quelque vingt années après leurs premiers pas sur scène en tandem, une double tragédie allait inspirer au cadet la chanson qui allait pour toujours changer sa vie.

Nous sommes le 22 novembre 1963, à Dallas. Le président américain John Fitzgerald Kennedy est assassiné, abattu en plein jour par un tireur embusqué alors qu’il saluait la foule depuis sa décapotable, en plein cortège présidentiel. Un événement qui choque profondément Bobby Hebb. Le lendemain, c’est du côté de Nashville que se joue le deuxième acte. A la sortie d’une soirée en boîte de nuit, son grand frère Harold est poignardé et succombe à ses blessures dans la foulée. Dévasté par cette perte, et toujours secoué par l’assassinat de JFK la veille, Hebb écrit le texte de "Sunny" en 48h. Une manière pour lui d’aller de l’avant, d’exorciser et de positiver, en attendant de jours meilleurs. Sans savoir qu’il s’agissait-là du hit qui allait lancer sa carrière.

La première à enregistrer cette chanson est la chanteuse japonaise Mieko Miko Hirota. Ce fut ensuite le tour du marimbaphoniste Dave Pike, premier à mettre "Sunny" en boîte aux Etats-Unis, avant même la sortie du 45 tours de Bobby Hebb. La version de ce dernier fut quant à elle immortalisée au Bell Sound Studios new-yorkais et publié en tant que single en 1966. Succès immédiat, le morceau se hisse sur la seconde marche du "Billboard" américain et permet à Hebb d’être engagé sur la tournée des Beatles, cette même année.

Quelques mois plus tard, la chanteuse Cher décide à son tour de l’interpréter puis, dès 1967, le public en redécouvre les refrains en serbo-croate aux bons soins du héros local Bisera Veletanlic. Des versions instrumentales, jazz ou disco apparaissent tous azimuts, tels que "Sunny 76" sorti en 1975 ou la joyeuse relecture du groupe allemand Boney M. En 1977, l’artiste Uji Rashid y va de sa reprise en malaisien et, une décennie plus tard, le musicien Luis Miguel chante "Sunny" en espagnol.

Bien d’autres grands noms la reprendront en live ou en studio, de James Brown à Richard Anthony en passant par Ella Fitzgerald, Marvin Gaye, Dusty Springfield, Wilson Pickett, Frank Sinatra et Duke Ellington… Ou plus récemment la tortue de la "Nouvelle Star" précitée, Mark Ronson, Bryan Adams ou le regretté trio r’n’b TLC.

En guise de conclusion, et sans la moindre forme de transition, nous ne résistons pas au plaisir de vous faire revivre cette scène (ci-dessous) issue du film "Aaltra" (réalisé par Benoît Delépine et Gustave Kervern en 2004), où notre Bouli Lanners national s'essaie lui aussi à une reprise du "Sunny" de Bobby Hebb. Et de fort belle manière...