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Question d'époque: quand le chanteur, guitariste et compositeur Syd Barrett rejoint ses petits copains de classe au sein d'un groupe qu'il appelle «The Pink Floyd Sound», ce n'est pas pour continuer à ronronner dans le style rhythm'n'blues comme leurs contemporains Rolling Stones, Kinks et autres Animals. Non, l'heure est à l'expérimentation en tous sens, et Syd Barrett va faire exploser la musique pop, mais aussi sa propre vie.

Celui qui vient de disparaître le 7 juillet dernier, probablement de complications dues au diabète, est né Roger Keith Barrett le 6 janvier 1946 à Cambridge, dans une famille de la classe moyenne qui n'a rien fait pour contrarier sa destinée artistique. C'est bien au Cambridge College of Art and Technology que Roger Barrett et David Gilmour font connaissance. Fin 1964, Barrett est reçu à la Camberwell School of Art de Londres, et son voisin de palier s'appelle Roger Waters. Entre-temps, il avait reçu le surnom «Syd» en référence à un batteur local qui s'appelait Sid Barrett, dont il s'est différencié en remplaçant le «i» par un «y». Comme quoi musique et originalité le taraudaient déjà.

Pink Floyd est d'abord un groupe de scène, terrain d'expérimentation idéal pour Syd Barrett qui sort tout ce qu'il peut de sa guitare Fender Esquire, avec force distorsions, échos, bruitages. Toujours sous l'impulsion de Barrett, le groupe innove par des projections de films et autres fumigènes, éclairages stroboscopiques, toute une panoplie «psychédélique» devenue monnaie courante aujourd'hui.

Début 1967, Pink Floyd enregistre son premier album, «The Piper at the Gates of Down», à Londres, dans le studio jouxtant celui où les Beatles concoctent «Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band». Barrett a quasi tout composé, et imprime sa marque humoristique au disque, empreint de réminiscences enfantines. Mais il supporte mal la pression que ce début de succès fait peser sur lui, tandis que le LSD, l'«acide» à doses importantes et régulières, fait partie des méthodes d'exploration courantes. De plus en plus imprévisible, ingérable, le comportement de Barrett se dégrade, et celui qui avait mené le groupe jusque-là est remplacé par David Gilmour en 1968.

Avec l'aide de ses anciens compagnons du Floyd et des membres du groupe avant-gardiste Soft Machine, Syd Barrett enregistrera encore deux disques, «The Madcap Laughs» et «Barrett» (1970).

A partir de là, il entre à la fois dans l'errance et la légende, des cohortes de fans lui vouant un culte -justifié- jusqu'à aujourd'hui. On lui a prêté tous les comportements, toutes les maladies mentales, tous les séjours en hôpital. A partir de 1982, il est retourné à Cambridge, reprenant son vrai prénom, Roger. Ces dernières années, reclus, il habitait dans une maison de banlieue qui avait appartenu à sa mère.

Vie ordinaire

Les témoignages lui prêtaient une vie très ordinaire, même s'il ne répondait pas aux ménagères qui le saluaient lorsqu'il allait, à pied ou à vélo, chercher son journal et ses cigarettes. Il collectionnait les pièces de monnaie, s'intéressait au jardinage, avait appris à cuisiner, repris la peinture de ses débuts. Il était resté très attaché à sa soeur Roe.

A part cela, son oeuvre et son influence sur la musique populaire peuvent être considérées comme phénoménales. Les Sex Pistols avaient pensé à lui pour réaliser leur premier album... Malgré leurs dissensions, les membres de Pink Floyd ont toujours voué admiration et reconnaissance à leur ancien boss, qu'ils ont soutenu financièrement. C'est à Syd Barret qu'est dédié leur album «Wish you were here» (1975), et particulièrement la chanson «Shine on you, Crazy Diamond».

© La Libre Belgique 2006