Musique / Festivals

La pochette de "Bonjour !", le dernier album de Rachid Taha : lui, en veste rouge, sur fond jaune soleil et rose. Affiche de Bolywood, de catch mexicain ou de corrida ? Un peu des trois. Le métissage, le mélange des genres, c’est son truc à Rachid. Attitude punk mais musique mêlant le populaire algérois, le chaâbi, à celui d’ici. Références érudites (Oum Kalssoum, Youssef Chahine, ) mais parler franchouillard. Un personnage unique. Qui, en concert, nous a déjà montré le meilleur, le "Rachid Taha live" de 2001 enregistré à l’AB, et le pire, des prestations durant lesquelles il tenait à peine debout.

Vendredi soir, c’est avec veste et chapeau qu’il monte sur scène à 20h30 dans une salle de l’Ancienne Belgique, en jolie configuration "box", même pas remplie. Dès le premier morceau, on est frappé par une similitude de plus en plus grande avec la dégaine d’un Arno. Son groupe se chauffe sur 3,4 morceaux durant lesquels Taha a, apparemment, tout le mal du monde à poser sa voix rauque, donc il hurle. Et il parle. Beaucoup. Parfois même durant les parties instrumentales des morceaux. Pour dire quoi ? Des critiques sur la politique de l’immigration en Europe, sur les dictateurs arabes et d’autres choses, parfois en arabe d’ailleurs. Un peu de tout, en fait. Rachid a manifestement d’humeur bavarde.

De temps en temps, c’est drôle, du style "Quand David Bowie s’habille en arabe, c’est de l’art. Mais quand un Arabe s’habille en Arabe, c’est juste un bicot" ou encore, en réponse à quelqu’un qui l’interpelle dans les premiers rangs, "Je suis pas saoûl, c’est un jeu de scène". Souvent, cela ressemble un peu à un pilier de comptoir alternant platitudes et saillies verbales venues d’on ne sait où. Cela aurait pu tuer le concert mais le public présent était bien décidé à également faire la fête : au moindre soupçon de rythme oriental, la salle ondule. Parfois, on se dit que ça y est, c’est parti mais le soufflé retombe dans les cinq minutes. La première moitié du concert est ainsi parsemée de quelques faux départs.

Et puis, soudain, c’est parti. Groupe, public et chanteur sont dans la même vibration. "Ecoute-moi camarade", " Shuf", "Barra Barra" et, bien sûr, "Ya Rayah" et "Rock el Casbah", Rachid Taha visite toute sa discographie. Sans cesser d’houspiller son groupe et de parler avec le public, il mène sa barque comme il l’entend. Il présente son groupe comme si c’était son dernier morceau mais reste encore 3/4h sur scène après. Ou pendant ce qui est censé être les rappels, il reste seul sur scène et bavarde encore. Il s’allume une clope et invite le public à en faire autant, une petite provocation en ces temps de "sanitairement correct". Pas de règles et "punk is not dead" rappelle ce fils spirituel des Clash.

Après 140 minutes de concert, on ressort de la salle dans un état métissé : un peu déconcerté par ce concert qui n’est qu’à moitié réussi, un peu épaté parce qu’on ne croise pas tous les jours la route d’un homme vraiment libre, un peu rincé à cause des déhanchements.