Musique / Festivals

Il est sorti. Le premier album de Tanguy Haesevoets alias Témé Tan est là, et porte simplement son nom (de scène). Le plus Bruxellois des faiseurs de pop congolais (à moins que ce ne soit l'inverse) a pris le temps nécessaire pour en façonner chacune des douze pistes, et y injecter autant de ses racines ensoleillées que de ses envies de modernité. Une plaque qui s'ouvre d'ailleurs sur une vieille connaissance… la belle "Améthys". Un titre écrit en 2014 à la mémoire de sa maman partie trop tôt. Mais un tube imparable et un hommage heureux, qui groove et danse le sourire aux lèvres. Autre morceau du temps jadis, l'hypnotique "Matiti", sobriquet des hautes herbes du Congo où Tanguy jouait à cache-cache avec ses frères aînés, est également repris ici pour notre plus grand plaisir, après avoir fait l'objet en 2011 d'un premier jet.


Reste dix petites nouvelles. Dix compos soigneusement produites qui dessinent plus précisément les contours de cette pop tropicale si singulière que Témé Tan anime. Un son teinté d'africanisme, de nu-soul, de funk, de hip hop, de chanson et de rythmes électroniques. Cocktail de soleil, science du déhanché et parfaite antidote à la morosité. Il y a sa bondissante et efficace chanson du tigre ("Coup de Griffes"), les percussions irrésistibles et la guitare salée du candide "Ça va pas la tête", ou encore cette missive enflammée mais en apnée à la belle "Olivia". Aventureux, Témé Tan s'emploie aussi plusieurs fois à électroniser nos pas chassés. Si l'on aime moins le résultat sur "Menteur", on le préfère sur ce "Champion" qui invite le soleil dans l'obscurité du club, et on l'adore sur l'extatique "Sè Zwa Zo".


Seul en scène, armé de sa seule voix angélique au milieu des machines à loops et des séquenceurs, Témé Tan peut néanmoins compter sur le soutien de nombreux complices en studio, amis de cœur et/ou notes croisés au fil de ses pérégrinations musicales. Il y a Pablo Casella, musicien brésilien du groupe Little Dots rencontré à Gand ; Maï Ogawa, moitié du duo Alek et les Japonaises, pour donner de la voix et du synthé ; Esinam Dogbatse, flûtiste métisse Ghanéene basée à Bruxelles ;Youri Botterman, guitariste d'origine congolaise, notamment responsable du titre "Peur d'être père" de Damso ; Gérard Dubru, avec qui Témé Tan avait déjà travaillé, et Eric Chardon, violoncelliste d'Annie Cordy et déjà de l'époque "Maititi" ; son ami Amaury Ranger, membre de Frànçois and The Atlas Mountains, aux percus de "Ça va pas la tête" ; ou encore Julie Michel, une artiste austro-haïtienne vivant à Paris. Une jolie colonie de vacances dont on rêverait qu'elle dure toute l'année.


Citons enfin deux hommes de l'ombre et certainement orfèvres de cette excellente première plaque, Noza et Le Motel à la production. Le premier signe celles de "Coups de griffe", "Ouvrir la Cage","Sé Zwa Zo". Le second, entre autres complice de Roméo Elvis, pose quand à lui sa patte sur "Le Ciel", l'un des meilleurs morceaux de l'album.

N.Cap

> 1CD (PiaS). En concert à Liège (Reflektor) le 17/11.