Musique / Festivals

C’est sans album à défendre que The Cure a débarqué samedi au Sportpaleis d’Anvers. On attendait beaucoup de Robert Smith et des siens, les critiques des concerts précédents de la tournée mondiale entamée aux Etats-Unis étant plutôt bonnes. Mais au final, c’est la déception qui l’emporte. The Cure a tenté de passer en force, sans la moindre subtilité, comme des guerriers assoiffés de sang. Et c’est raté.

Brutal et tendu

Dès les premières notes de "Shake Dog Shake" le ton était donné, on sentait que ce serait brutal, tendu. La suite, avec "Fascination Street" et "All I Want", a confirmé cette impression. Un titre rarement joué comme "Sinking" y a perdu sa grâce. "Pictures of You" et "A Night Like This" aussi.

Pour certains morceaux, on est même proche du massacre. C’est le cas pour l’épique "From The Edge of The Deep Green Sea" devenu de la bouillie sonore alors qu’il s’agissait d’un des grands rendez-vous des tournées précédentes de The Cure. Dans ce magma sonore parfois informe, le groupe a heureusement proposé quelques bouées de sauvetage. A commencé par une excellente version de "One Hundred Years" sur fond d’images apocalyptiques et une interprétation inouïe de "Give Me It", un extrait de l’album "The Top" (1984) revu de façon ultra-violente.

Sans fil conducteur

Autour de ses tubes incontournables ("Just Like Heaven", "The Walk", "High" ou encore "Friday I’m In Love"), The Cure a injecté des titres moins joués voire oubliés de son répertoire. Malheureusement, la recette n’a pas pris. On se demande par exemple ce que venait faire "Jupiter Crash" (1996), un morceau atmosphérique, entre les notes pop de "Lovesong" et de "Just Like Heaven". L’inédit "Step Into The Light" ne s’est pas montré plus convaincant. La setlist proposée samedi soir à Anvers était dénuée de tout fil conducteur et c’est en partie ce qui a nui à cette soirée. Dommage pour un groupe qui a toujours excellé dans la mise en place d’ambiances…

Heureux d’être là

Finalement, c’est le troisième rappel qui a récolté les suffrages de la salle. La légèreté de "The Lovecats" avec son piano frivole et la sombre berceuse "Lullaby" ont fini par réveiller un public laissé sonné par les torrents de guitares saturées. "Friday I’m In Love", "Boys Don’t Cry", "Close To Me" et "Why Can’t I Be You ?" ont clôturé une soirée qu’on attendait nettement plus captivante. On retiendra cependant que Robert Smith semblait heureux d’être là et qu’il a dédié "It Can Never Be The Same" à Leonard Cohen. Que le bassiste Simon Gallup parcourt toujours d’aussi longues distances sur scène. Et que le guitariste Reeves Gabrels, aussi talentueux qu’il soit (ex-acolyte de David Bowie), ne parvient toujours pas à faire oublier ses prédécesseurs - Perry Bamonte et surtout Porl Thompson - dont les apports étaient nettement plus en phase avec l’univers musical de The Cure.