Musique / Festivals Curieusement, le meilleur album de rock de ces derniers mois n'a pas été publié par quatre Irlandais en manque d'inspiration. Il vient… de Perpignan où un couple en noir livre depuis près de dix ans sa propre version du rock'n'roll psychédélique cher aux années 70.

Charismatique mais discret, monsieur manie les guitares avec désinvolture. Madame donne le rythme et maltraite volontiers ses fûts. Ensemble, ils forment "The Limiñanas", improbable duo de rock'n'roll qu'on ne peut plus qualifier de vintage, tant "Shadow People" - leur cinquième disque à paraître mi-janvier - sonne juste, actuel et authentique.

© Liminanas D.R.

Dès les premières secondes, "Ouverture" embarque l'auditeur dans une longue chevauchée de guitares pour ne plus jamais le lâcher. Il y a du garage rock, du surf, de la cold wave, de la pop, et tellement d'autres influences qu'il vaut mieux laisser tomber ce petit jeu fastidieux. Caché derrière des lunettes de soleil et une barbe épaisse, Lionel Limiñana installe d'abord et avant tout une ambiance, un univers sonore auquel viennent parfois se greffer des textes basiques et nonchalants.

"Le premier jour", deuxième morceau de l'album est lent, embrumé, cinématographique… Une merveille de bande-son pour un road trip sans destination. L'ami Anton Newcombe (The Brian Jonestown Massacre) est à la production et s'autorise ensuite une petite intervention chantée sur "Istanbul is Sleepy", orgiaque à souhait, à l'image de cet artiste prolifique et joyeusement foutraque.


Le groupe pourrait alors se répéter et lasser, mais lâche au bon moment deux perles de balades pop: "Shadow People" avec Emmanuelle Seigner, et le très gainsbourien "Dimanche" porté par le phrasé blasé de Bertrand Belin.

C'est là le paradoxe du couple. Relativement confidentiels auprès du public, les Limiñanas ont acquis depuis bien longtemps leurs lettres de noblesse dans le milieu et peuvent désormais se permettre de faire venir pour la seconde fois quelqu'un comme Peter Hook (bassiste de Joy Division et New Order) qui joue les intérimaires de luxe sur l'excellent "The Gift".



Parfaitement conçues pour être écoutées d'une traite, les dix pistes de ce "Shadow People" sont simples, directes et in fine, joliment mélodieuses. Alors qu'on se pensait condamnés à aller voir des vieilles gloires dans des stades pour vibrer au son d'une guitare, le duo de Perpignan apporte un vent de fraîcheur presque salutaire. Monsieur et Madame Limiñana incarnent ce rock'n'roll vivant et éternel qui ne connaît pas de date d'expiration. Il est grand temps qu'ils sortent de l'ombre.

The Liminanas - "Shadow People" *** (Radical, Because Music, Sortie le 19 janvier)

© Liminanas DR