The Van Jets, plein pot

Sophie Lebrun Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals Entretien

The Van Jets. Avec un "The" façon groupe rock. Un "Van" en clin d’œil à leur origine flamande (et à l’Amérique, pourquoi pas, "il y a bien Vanhalen, Gus Van Sant" ). Et "Jets" qui évoque la vitesse, l’énergie. Un nom court, et "un nom de famille" précisent Johannes Verschaeve et Frederik Tampere, deux membres du quatuor : "Dans le temps, on écoutait des groupes de rock garage comme The Hellacopters, où les musiciens se font appeler Johnny Hellacopters, etc. Voilà, nous sommes Johnny Van Jets, Fred Van Jets, etc." sourient-ils. Un nom à retenir, quoi qu’il en soit. Comme "Cat Fit Fury !", le titre non moins "claquant" du second album que le quatuor défendra sur scène samedi au Botanique, avant sa sortie dans les bacs, lundi. Six ans après son démarrage en trombe sur scène et trois ans après son premier opus "Electric Soldiers", le groupe y confirme son talent et son énergie, tout en affirmant une maturité nouvelle.

En 2004, The Van Jets, formation fraîche émoulue - ce n’est que sa cinquième prestation -, remporte la finale du concours Humo’s Rock Rally, un solide tremplin en Flandre (Novastar, Das Pop, Admiral Freebee, se sont jadis hissés sur son podium, et dEUS y fut finaliste). Les jeunes Ostendais sont alors encore étudiants, à Gand. "Les études universitaires se combinent idéalement avec la musique - on ne doit pas nécessairement être présent à chaque cours, chaque jour , estime Johannes, le chanteur et - au propre et au figuré - philosophe du groupe. J’ai alors beaucoup pratiqué la guitare et écrit des chansons", ajoute le musicien. Il en a aussi profité pour élargir ses horizons musicaux. "Ados, pendant cinq ans, avec Frederik, on n’a écouté que Nirvana, et un peu Soundgarden !" Ensuite, ils s’aventurent sur d’autres voies, plus anciennes : celles de Captain Beefheart, Frank Zappa, T.Rex et surtout David Bowie, des Beatles et des Stones aussi, ou encore d’ELO, de Yes.

Leur propre univers musical, qu’ils qualifient assez justement de "chansons pop sous manteau (très) rock", s’inspire en partie de ces brillantes seventies. "Notre Saint Graal, confient-ils, ce sont les deux albums qu’Iggy Pop a faits avec David Bowie : "The Idiot" et "Lust for Life".

"Cat Fit Fury !" voit, de fait, un son puissant envelopper d’enchanteuses mélodies volontiers teintées de glam rock, et ce de manière plus subtile que sur le premier opus. Le son est plus fin, les contrastes plus affirmés, la voix plus en avant. "Pour le premier album, on s’est mis en quarantaine, en studio, pendant trois semaines, on a fait plein d’expérimentations sur nos chansons, avec beaucoup d’éléments lo-fi", raconte notre duo d’interlocuteurs. "Pour le second, on a réalisé qu’on pouvait avoir un son à la fois sale, et beau, plus fin. Cette fois, les chansons et les arrangements étaient prêts avant d’entrer en studio, à Londres, où on s’est concentré sur la qualité du son" - NdlR : sous la houlette du producteur britannique Jon Gray (The Subways, Editors, The Kooks).

Le résultat est à la fois sombre et scintillant, porté par le chant expressif et kaléidoscopique de Johannes Verschaeve. Quelques morceaux, dont "Damage", évoquent l’énergie - la voix, aussi - de Supergrass. "Ils aiment, eux aussi, combiner le son des années 70 et les chansons contemporaines, non ?" acquiesce le chanteur.

Pour la petite histoire, The Van Jets partage une autre particularité avec le quatuor pop britannique : la présence de deux frères en son sein, Johannes et Michaël (batterie). L’eau et le feu, si l’on en croit leur compère bassiste. "Ils se disputent pas mal. L’un est le rêveur, l’autre le réaliste, le terre-à-terre. Mais le fait qu’ils soient frères comporte aussi des avantages : ils sont très directs l’un avec l’autre, cela permet de travailler vite."

Parfois énigmatiques mais pas hermétiques, les textes de The Van Jets portent la griffe de Johannes, "le rêveur". "Depuis l’enfance, je suis assez rêveur, j’aime observer, analyser, penser, des pensées abstraites. Les paroles sont un peu introspectives. Il y a ce proverbe, en néerlandais : "Stille wateren hebben diepe gronden" (quelque chose comme "les eaux calmes cachent des terres profondes"). Je suis plutôt quelqu’un de silencieux, mais mon univers, ici (il montre sa tête) , est très grand. Les textes combinent des faits, souvent vécus, et de la fantaisie, de la dramatisation" - l’ombre de Bowie plane aussi ici. Des chansons telles "Teevee" (mélodie guillerette, propos dramatique) ou "Comes the crying" (pure imploration) traduisent, à fleur de peau, des faits vécus. D’une part, la disparition inopinée, pendant l’enregistrement du disque, d’un proche du bassiste ("On a changé le texte, tout en gardant la musique déjà écrite de "Teevee"). De l’autre, l’attente angoissante des premiers pleurs de l’enfant nouveau-né - "un moment très existentiel", confie le chanteur. Plonger directement dans les émotions vécues, "c’est nouveau, pour nous, et purifiant, bénéfique", analyse ce dernier. Ainsi le touchant texte de "Down Below" a-t-il été écrit "à un moment où, de fait, je me sentais très mal. Il est sorti en cinq minutes. Pourtant, initialement, j’avais prévu d’aborder un thème assez éloigné de moi "

Ce samedi, The Van Jets franchit un autre pas, dans un autre domaine. Il se produit sur la scène du Botanique (lire ci-contre), devant un public qu’il espère majoritairement francophone. Si le quatuor a bien décollé en Flandre (leur single "The Future" est en haute rotation sur StuBru), il n’en va pas de même en Wallonie (où il est, pour l’heure, quasi absent des médias). "Il est difficile de passer la frontière, confirment les Van Jets. C’est une vraie frontière culturelle, dans les magasins, les médias, les radios - or ce sont elles qui font un groupe !" "De notre côté, des groupes wallons, on connaît, en gros, Ghinzu, les Tellers et surtout Girls in Hawaii - selon nous le meilleur groupe belge actuel". "On aime jouer en Wallonie. Pour moi, c’est un peu comme partir en vacances. Les paysages sont beaux, les gens sont chaleureux", prolonge Johannes "Johnny" Van Jets. Visiblement bien décidé à mettre la gomme, ce samedi.

Sophie Lebrun

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