Musique / Festivals

Si l'homme est depuis quelques années déjà un héros de la Culture d'Oncle Sam et de notre discothèque perso, Childish Gambino sont deux mots qui jusqu'à aujourd'hui n'avaient eu dans la presse européenne et la sphère mainstream qu'assez peu d'échos. Mais, il y a sept jours, la donne a changé, par la force du géant YouTube et la publication du clip de son dernier morceau. Une vidéo en forme d'uppercut pour un titre – intitulé "This is America" – qui l'est tout autant, et n'a pas tardé à affoler les esprits et le compteur de la plate-forme de vidéos.

Ledit clip a donc franchi le cap des 100 millions de vues en une semaine à peine, et permis à l'Américain d'accéder au jardin très restreint des artistes à avoir réussi une telle prouesse. Avant lui, il y eut le "Hello" d'Adele – parce que Adèle – , "Look What You Made Me Do" de Taylor Swift – parce que Taylor Swift – , "Wrecking Ball" de Miley Cyrus – parce qu'elle y était suspendue nue à une boule de démolition – et "Gentleman" de Psy – parce que les Coréens sont extrêmement nombreux et parce que "Gangnam style". Autant dire que c'est la première fois qu'une vidéo musicale atteint telle résonance de par la force d'un message, et pas pour la célébrité d'un artiste ou son taux d'habillement.


On savait déjà le sieur Donald Glover rappeur, DJ et musicien, scénariste et réalisateur, humoriste (stand-up), acteur et talentueux producteur… Aujourd'hui, au fil des images de "This is America", on le découvre artiste engagé et surprenant danseur. Torse nu, Childish Gambino s'y ébroue dans un hangar géant et blanc au rythme d'une chorégraphie sautillante qui a, comme d'accoutumée, donné lieu rapidement sur la toile à de drôles de détournements. On rit, on rit, certes, mais la vérité est ailleurs…


Car entre deux pas chassés, une histoire fragmentée se dessine. S'il les multiplie tous azimuts, l'artiste mesure au millimètre près chacun de ses mouvements, et joue sous nos yeux absorbés différentes scénettes, à la fois chargées de symboles et de références. Gambino abat d'abord froidement un homme cagoulé d'une balle dans la tête, avant de repartir gambader le pied léger et le sourire aux lèvres. Plus tard, il massacre d'une très soudaine et retentissante salve de kalachnikov les dix membres d'une gentille chorale en plein chant gospel.

Au choc de ces tableaux s'ajoute le poids de ses mots, cryptiques, dénonçant en pagaille mais avec subtilité les travers de la société américaine : de son racisme latent à son amour des armes à feu, de son âme mercantile à ses tendances de surconsommation, des dérives policières aux violences pénitentiaires… Autant de boulets rouges projetés en direction de cette bannière étoilée et de cette Amérique qu'il n'aura fallu que quatre bonnes minutes à Donald Glover pour incendier. La toile effervesce depuis la publication de "This is America" et les interprétations vont bon train. Mais Childish Gambino ne tient pas à donner de clé et a d'ores-et-déjà affirmé qu'il ne donnera "aucun contexte". Tout au plus, Ibra Ake – complice créatif de Glover et l'un des artificiers du clip qui défraye la chronique – a déclaré : "Notre objectif est de normaliser le fait d'être noir". Le débat est ouvert.