Musique / Festivals

Verre à moitié vide ou verre à moitié plein ? Eclectisme absolu (il en faut pour tous les goûts) ou manque de cohérence de la direction artistique ? Dimanche, à Gand, une (petite) partie du public sifflait la mise en scène de "La Clemenza di Tito". Trop audacieuse ? Nullement : trop conservatrice, voire franchement ringarde. Et c’est vrai que, sortant coup sur coup du "Pelléas et Mélisande" de Sidi Larbi Cherkaoui et du "Parsifal" de Tatiana Gurbaca, l’abonné moyen de l’Opéra flamand trouvera ici de quoi satisfaire ses instincts réactionnaires les plus profonds.

Décor néoclassique avec colonnes et drapés, couronnes de lauriers dorées, grand escalier classique, Capitole en flammes, Michael Hampe (82 ans) propose une lecture au premier degré de l’avant-dernier opéra de Mozart. Avec à la clé des vertus de lisibilité (on comprend d’autant mieux l’action qu’elle baigne constamment dans une lumière brillante), et quelques scènes très réussies (la dernière confrontation entre Titus et Sextus, par exemple). Mais aussi avec un indéniable kitsch dans les décors - le Capitole modèle réduit cause un problème de perspective - et dans les costumes, qui semblent provenir de diverses productions anciennes de la maison : un "Giulio Cesare" à la romaine pour Vitellia, "Les maîtres chanteurs de Nuremberg" pour Annio, "Lohengrin" transposé dans une dictature sud-américaine des années 50 pour Titus et ses hommes, et "La fanciulla del west" pour un "Popolo romano" aux allures de paysans américains du XIXe. Sans parler du fait que les chœurs sont gérés ici d’une façon pataude qui ferait passer quelques récentes productions de l’ORW pour le"Regietheater" le plus audacieux.

Reste heureusement la force de la partition mozartienne. La direction musicale de Stefano Montanari est énergique et enthousiaste, mais parfois un peu confuse. L’orchestre s’en sort bien, tout comme le pianoforte (Pedro Beriso) qui assure seul le continuo des récitatifs mais se mêle parfois aux tuttis. La distribution vocale est de beau niveau, avec le Titus un peu raide mais très lyrique - et très fiable - de Lothar Odinius, la Vitellia puissante d’Agneta Eichenholz (quoiqu’avec des aigus parfois imprécis), le solide Publio de Markus Suikhonen et la très belle Servilia d’Anat Edri, dont chaque brève apparition à l’Opéra flamand laisse un bon souvenir. Mais l’essentiel des louanges ira aux deux mezzo-sopranos chargées des rôles travestis : un éblouissant Annio (Cecilia Molinari) et un émouvant Sesto juvénile et brûlant (Anna Goryachova).

---> Gand, Vlaamse Opera, jusqu’au 13 mai. Anvers, Vlaamse Opera, du 23 mai au 3 juin; 070.22.02.02 ou www.operaballet.be